Découvrez l'interview de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée

Le retour des risques inflationniste complique la tâche des banques centrales

Si les publications d’entreprises continuent d’offrir des points d’appui aux marchés, force est de constater que le contexte macroéconomique demeure compliqué. La semaine a été dominée par la réaccélération de l’inflation américaine, sur fond de tensions persistantes sur les prix de l’énergie. Avec un Brent toujours bien ancré au-dessus des 100$/baril, le risque n’est plus seulement celui d’une hausse temporaire des prix à la pompe, mais bien celui d’une diffusion du choc énergétique aux coûts de production. Les investisseurs
doivent ainsi composer avec une économie américaine résiliente, qui soutient les perspectives de résultats des entreprises mais laisse peu de latitude à la Fed pour assouplir sa politique monétaire.

Aux États-Unis, les prix à la consommation CPI publiés en milieu de semaine ont progressé de 0,6 % sur un mois en septembre, tandis que l’inflation sous-jacente ressort à +0,3 %, au-dessus des attentes, pour atteindre +3.7 % sur un an en donnée globale et +2.6% en donnée Core. Le signal est encore plus marqué du côté des prix à la production : leur hausse de 1,3 % sur un mois, contre +0,6 % attendu, porte leur progression annuelle à 6,3 %. En parallèle, les ventes au détail, en hausse de 0,8 %, confirment la solidité de
la consommation.

Ainsi, le problème pour les banques centrales reste donc entier : les pressions inflationnistes s’intensifient sans ralentissement suffisamment marqué de l’activité. Pour autant, Kevin Warsh n’a pas donné de signal explicite en faveur d’un nouveau resserrement monétaire, ramenant la probabilité implicite d’une hausse des taux en octobre autour de 17 %, contre près de 30 % auparavant d’après l’outil Fedwatch. Cette retenue du président de la Fed a contribué à apaiser les craintes liées à de possibles hausses de taux directeurs additionnelles, dans une semaine particulièrement volatile sur les obligations souveraines. Sur le front européen, rien de neuf, une nouvelle hausse des taux reste envisagée par certains membres de la BCE.

De son côté, la Chine présente une configuration différente, avec une croissance du troisième trimestre attendue à +4,4 %, toujours inférieure à l’objectif officiel de +5%, et de nouvelles initiatives des autorités pour stabiliser les marchés d’actions. À ce stade, le soutien public contribue à contenir les tensions, mais ne suffit pas à dissiper les interrogations sur la demande intérieure (comme l’a d’ailleurs montré la publication trimestrielle de LVMH cette semaine, qui fait état d’une croissance organique de -5 % en Asie hors Japon).

L'intelligence artificielle, moteur toujours puissant de croissance

Concernant la microéconomie, la semaine confirme la vigueur du cycle d’investissement dans l’IA, mais aussi la sensibilité des valorisations à un environnement de taux élevés. TSMC publie un bénéfice trimestriel record et anticipe un chiffre d’affaires compris entre 52,3 et 54,3 Md$ au quatrième trimestre, supérieur aux attentes, avec une demande liée à l’IA qui dépasse toujours l’offre. Cette dynamique profite aussi aux infrastructures : Schneider Electric enregistre sa plus forte croissance trimestrielle depuis cinq ans et relève une deuxième fois ses objectifs annuels, porté par une demande des centres de données en hausse à trois chiffres. ASML confirme la même tendance : son chiffre d’affaires trimestriel atteint un record de 11,7 Md€, sa marge brute un niveau inédit de 57,5 %, et son bénéfice par action dépasse de 21 % les attentes. Le groupe relève pour la troisième fois ses perspectives 2026 et prévient que ses capacités actuelles ne suffiront pas à répondre à la demande en 2027 et 2028 ; certains clients passent déjà des commandes pour 2029 et 2030.

Autrement dit, la demande est bien là, mais la montée en puissance de la production reste le principal défi. La Bourse a toutefois rappelé que de bons résultats ne protègent pas des mouvements de marché : après avoir progressé le jour de la publication, ASML a reculé de 6,7 % jeudi, dans le sillage de la correction des semi-conducteurs déclenchée par les chiffres d’inflation américains. 

La nervosité des investisseurs tient aussi aux conditions de financement des infrastructures d’IA. CoreWeave, qui porte environ 50 Md$ de dette, a vu son action perdre plus de 15 % en une semaine, tandis que le rendement de l’une de ses obligations a dépassé 16 %, signe que les marchés perçoivent désormais son financement comme plus risqué. Ses coûteux centres de données étant largement financés par l’emprunt, la hausse des taux ravive les doutes sur la capacité des revenus liés à l’IA à compenser assez vite ces dépenses.

Cette inquiétude a pesé sur les valeurs technologiques et les semi-conducteurs, les investisseurs examinant de plus près la rentabilité et l’endettement des projets d’IA. Elle ne signifie toutefois pas que la demande d’IA s’effondre, bien au contraire, mais souligne l’attention croissante portée à leur financement. Dans le secteur financier, les banques américaines présentent un bilan contrasté. Les revenus nets d’intérêts de JPMorgan, Citigroup et Wells Fargo ont atteint ensemble un record pour le cinquième trimestre consécutif, les taux élevés soutenant les revenus liés aux prêts. 

Résultats d'entreprises et perspectives : les marchés en quête de confirmation

Les activités de marché ont été plus inégales : les actions ont bien résisté, tandis que l’obligataire a globalement ralenti, Citigroup faisant exception. Goldman Sachs signe l’une des publications les plus solides, avec une forte progression des opérations sur actions, notamment pour financer des projets liés à l’IA. À l’inverse, Bank of America déçoit, pénalisée par une charge réglementaire de 1,2 Md$ et des revenus de marché faibles.

La semaine prochaine permettra aux marchés financiers de confronter les données d’inflation publiées cette semaine à de nouvelles données d’activité. Le PIB chinois du troisième trimestre et les statistiques de consommation et de production attendus lundi, permettront de mieux apprécier la dynamique de la croissance économique chinoise et les premiers effets des mesures de soutien.

Les enquêtes PMI préliminaires d’octobre seront également scrutées de près pour leurs indications sur l’activité et les prix, à l’approche de la réunion de la Fed des 27 et 28 octobre. Côté entreprises, la saison des résultats s’intensifie, avec notamment SAP et Eni en Europe, ainsi que GE Aerospace, RTX, Netflix et Meta aux États-Unis. Le sujet énergétique restera également l’un des principaux catalyseurs : une détente durable des prix du pétrole et du gaz offrirait un peu d’oxygène aux marchés, tandis que de nouvelles tensions compliqueraient encore l’équation des banques centrales et des Etats. Dans ce contexte, la solidité des résultats constitue un point d’appui, mais la prudence reste de mise.

Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 15 octobre 2026.

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