Découvrez l'interview de Pierre-Louis Werner, gérant chez Swiss Life Gestion Privée

L'Europe prend l'avantage

Les principales places boursières européennes ont surperformé Wall Street cette semaine, un phénomène suffisamment inhabituel pour être souligné. Si l’économie américaine reste solide, les investisseurs s’interrogent toujours davantage sur les perspectives des géants technologiques et n’hésitent pas à sanctionner ceux dont les résultats ou les prévisions déçoivent. En Europe, où le secteur technologique est moins représenté, les publications des entreprises ont été mieux accueillies, contribuant ainsi à la meilleure tenue des marchés.

Au-delà du spectre des entreprises, les séances écoulées ne font toutefois pas oublier la persistance de l’inflation, qui continue d’alimenter les anticipations de nouvelles hausses de taux, malgré le statu quo décidé par les principales banques centrales lors de leurs dernières réunions cette semaine.

Une saison de résultats encourageante

Comme évoqué précédemment, les actions européennes ont pris l’avantage au cours des dernières séances, portées par le bon accueil réservé aux publications de résultats. Alors qu’environ 35 % des sociétés du Stoxx 600 ont dévoilé leurs comptes, la croissance des bénéfices du troisième trimestre est attendue à 23 %, contre 24 % pour le S&P 500. Cet écart, particulièrement faible au regard des dernières années, témoigne de la solidité des entreprises du vieux continent, malgré d’importantes disparités sectorielles.

Les gagnants de ce trimestre

En effet, la technologie se distingue, avec des chiffres d’affaires quasi systématiquement supérieurs aux attentes parmi les publications recensées dans le hardware et les semi-conducteurs. Dans les services IT, Capgemini a relevé son objectif annuel de croissance, même si les prises de commandes appellent à une certaine prudence.

L’énergie bénéficie, de son côté, de marges de raffinage exceptionnelles : Shell signe à cette occasion le deuxième meilleur bénéfice trimestriel de son histoire, tandis que BP dépasse les prévisions et réduit son endettement. D’un autre côté, le bilan est plus contrasté dans le secteur financier. Deutsche Bank et BNP Paribas profitent du dynamisme des activités de marché, et Standard Chartered revoit ses objectifs à la hausse. À l’inverse, Lloyds et NatWest ont reculé en Bourse malgré des bénéfices meilleurs qu’escompté, les investisseurs s’inquiétant de leurs perspectives de revenus et de la concurrence sur les dépôts.

La faiblesse de la demande chinoise reste toutefois un frein majeur pour plusieurs secteurs. Dans l’automobile, Volkswagen évoque un marché chinois en contraction, qui pénalise ses volumes, ainsi qu’une pression accrue sur les prix et une concurrence mondiale plus forte. Mercedes-Benz mentionne explicitement, pour la Chine, une demande atone et une concurrence intense dans ses résultats, à l’image du trimestre précédent. Le luxe et les boissons souffrent également, comme l’illustrent les difficultés de LVMH et d’AB InBev.

Ailleurs, la tendance est plus favorable. Unilever dépasse les attentes, dans le sillage de la bonne publication de L’Oréal la semaine passée. AstraZeneca bénéficie du succès de ses traitements anticancéreux, et le relèvement des perspectives d’Imerys a été salué en bourse.

La saison reste donc encourageante, avec un soutien supplémentaire apporté aux exportateurs par la faiblesse de l’euro. Les marchés demeurent néanmoins sélectifs : autant que les performances du trimestre, c’est la visibilité sur les prochains mois qui retient désormais leur attention.

L'intelligence artificielle sous le regard des investisseurs

Aux États-Unis, l’intelligence artificielle est toujours en phase de test de rentabilité. Les investisseurs ne regardent plus seulement les promesses de croissance : ils cherchent à savoir si les revenus générés justifieront les dépenses considérables engagées dans les infrastructures pour paraphraser notre dernière lettre hebdomadaire.

Dans le détail, Microsoft apporte des éléments rassurants. Son chiffre d’affaires atteint 92,28 milliards de dollars et les revenus d’Azure progressent de 48 %, au-dessus des attentes. Ses investissements sont également inférieurs aux prévisions, ce qui atténue les craintes concernant leur coût et permet de dégager un free cash flow positif. Ces bons résultats n’ont toutefois pas suffi à protéger durablement le titre du repli général du secteur. De son côté, Alphabet déçoit, notamment dans ses activités de publicité et de recherche. Le recul du titre, qui a atteint 14 % en séance jeudi, traduit la crainte que les nouveaux usages de l’IA fragilisent son modèle économique historique. Chez Amazon, c’est la douche froide
également, la forte croissance d’AWS, à +39 % sur un an, est éclipsée par des CAPEX de 77,26 milliards de dollars, très supérieures aux attentes, et par le ralentissement du commerce en ligne.

La question centrale devient donc celle du calendrier : combien de temps faudra-t-il pour que ces investissements se traduisent par des flux de trésorerie durables ?

Les banques centrales temporisent

Côté banques centrales, la Fed et la BCE ont maintenu leurs taux inchangés cette semaine, sans pour autant signaler la fin du resserrement monétaire, loin de là. Derrière cette décision commune, leurs messages diffèrent : la Fed entretient l’incertitude sur sa prochaine intervention, tandis que la BCE laisse plus
clairement entrevoir une hausse en décembre.

Aux États-Unis, le taux directeur reste fixé dans une fourchette de 3,75 % à 4 %, après le relèvement de septembre. La décision n’a toutefois pas fait l’unanimité : deux membres du comité auraient préféré une nouvelle hausse immédiate du loyer de l’argent. Face à une économie toujours dynamique, la Fed souhaite disposer de davantage d’informations sur l’inflation avant de se prononcer. Les prochaines publications concernant les prix seront donc déterminantes pour la réunion du 9 décembre. Cette posture attentiste a entraîné une légère détente des rendements obligataires à court terme et un repli du dollar.

En zone euro, la BCE a conservé son taux de dépôt à 2,50 %, à l’unanimité. Une hausse a néanmoins été débattue, dans un contexte où le choc énergétique lié à la guerre en Iran ravive les tensions inflationnistes. Christine Lagarde a souligné que celles-ci restaient essentiellement importées, sans signe, à ce stade, d’une propagation supplémentaire à l’ensemble des prix et des salaires. Les anticipations d’inflation à long terme demeurent d’ailleurs ancrées à 2 %. Cette pause s’accompagne tout de même d’un discours ferme, où plusieurs responsables européens ont rappelé qu’un nouveau relèvement restait possible si les perspectives d’inflation ne s’amélioraient pas. La BCE surveille également les tensions sur la dette française et se dit prête à mobiliser ses instruments si des mouvements de marché désordonnés perturbaient la transmission de sa politique monétaire.

Enfin, soulignons que ces réunions s’inscrivent dans un contexte d’évolutions institutionnelles importantes, marqué d’un côté par la réduction progressive du nombre de décisions sur les taux prises chaque année par la Fed (de 8 à 6), et de l’autre, par le départ anticipé de Christine Lagarde le 7 février 2027. Pour les marchés, l’attention se concentre désormais sur décembre où une hausse reste envisageable des deux côtés de l’Atlantique, avec un signal plus affirmé pour l’Europe.

Les rendez-vous à suivre

Après une semaine favorable aux places européennes, reste à savoir si cette dynamique pourra se prolonger. Globalement, les résultats des entreprises soutiennent les indices, mais les incertitudes sur les taux demeurent. Les indices ISM manufacturier et des services américains, attendus lundi et mercredi prochains, puis le rapport sur l’emploi de vendredi, apporteront de nouveaux éclairages. L’évolution des salaires sera également particulièrement suivie pour ses implications sur l’inflation et les prochaines réunions de la Fed.

Concernant les entreprises, les publications de Palantir lundi, d’AMD mardi et de Qualcomm mercredi apporteront de quoi nourrir notre réflexion autour de l’intelligence artificielle. En Europe, les résultats de BMW et de Novo Nordisk, également attendus mercredi, permettront de prendre le pouls de secteurs aux dynamiques bien différentes.

Enfin, l’or reste à surveiller. Son repli sous les 4 000 dollars l’once rappelle que son statut de valeur refuge ne le met pas à l’abri des pressions liées à des taux réels durablement élevés. Une détente des rendements pourrait toutefois favoriser un rebond.

Une saison de résultats encourageante

Comme évoqué précédemment, les actions européennes ont pris l’avantage au cours des dernières séances, portées par le bon accueil réservé aux publications de résultats. Alors qu’environ 35 % des sociétés du Stoxx 600 ont dévoilé leurs comptes, la croissance des bénéfices du troisième trimestre est attendue à 23 %, contre 24 % pour le S&P 500. Cet écart, particulièrement faible au regard des dernières années, témoigne de la solidité des entreprises du vieux continent, malgré d’importantes disparités sectorielles.

Les gagnants de ce trimestre

En effet, la technologie se distingue, avec des chiffres d’affaires quasi systématiquement supérieurs aux attentes parmi les publications recensées dans le hardware et les semi-conducteurs. Dans les services IT, Capgemini a relevé son objectif annuel de croissance, même si les prises de commandes appellent à une certaine prudence.

L’énergie bénéficie, de son côté, de marges de raffinage exceptionnelles : Shell signe à cette occasion le deuxième meilleur bénéfice trimestriel de son histoire, tandis que BP dépasse les prévisions et réduit son endettement. D’un autre côté, le bilan est plus contrasté dans le secteur financier. Deutsche Bank et BNP Paribas profitent du dynamisme des activités de marché, et Standard Chartered revoit ses objectifs à la hausse. À l’inverse, Lloyds et NatWest ont reculé en Bourse malgré des bénéfices meilleurs qu’escompté, les investisseurs s’inquiétant de leurs perspectives de revenus et de la concurrence sur les dépôts.

La faiblesse de la demande chinoise reste toutefois un frein majeur pour plusieurs secteurs. Dans l’automobile, Volkswagen évoque un marché chinois en contraction, qui pénalise ses volumes, ainsi qu’une pression accrue sur les prix et une concurrence mondiale plus forte. Mercedes-Benz mentionne explicitement, pour la Chine, une demande atone et une concurrence intense dans ses résultats, à l’image du trimestre précédent. Le luxe et les boissons souffrent également, comme l’illustrent les difficultés de LVMH et d’AB InBev.

Ailleurs, la tendance est plus favorable. Unilever dépasse les attentes, dans le sillage de la bonne publication de L’Oréal la semaine passée. AstraZeneca bénéficie du succès de ses traitements anticancéreux, et le relèvement des perspectives d’Imerys a été salué en bourse.

La saison reste donc encourageante, avec un soutien supplémentaire apporté aux exportateurs par la faiblesse de l’euro. Les marchés demeurent néanmoins sélectifs : autant que les performances du trimestre, c’est la visibilité sur les prochains mois qui retient désormais leur attention.

L'intelligence artificielle sous le regard des investisseurs

Aux États-Unis, l’intelligence artificielle est toujours en phase de test de rentabilité. Les investisseurs ne regardent plus seulement les promesses de croissance : ils cherchent à savoir si les revenus générés justifieront les dépenses considérables engagées dans les infrastructures pour paraphraser notre dernière lettre hebdomadaire

.Dans le détail, Microsoft apporte des éléments rassurants. Son chiffre d’affaires atteint 92,28 milliards de dollars et les revenus d’Azure progressent de 48 %, au-dessus des attentes. Ses investissements sont également inférieurs aux prévisions, ce qui atténue les craintes concernant leur coût et permet de dégager un free cash flow positif. Ces bons résultats n’ont toutefois pas suffi à protéger durablement le titre du repli général du secteur. De son côté, Alphabet déçoit, notamment dans ses activités de publicité et de recherche. Le recul du titre, qui a atteint 14 % en séance jeudi, traduit la crainte que les nouveaux usages de l’IA fragilisent son modèle économique historique. Chez Amazon, c’est la douche froide également, la forte croissance d’AWS, à +39 % sur un an, est éclipsée par des CAPEX de 77,26 milliards de dollars, très supérieures aux attentes, et par le ralentissement du commerce en ligne.

La question centrale devient donc celle du calendrier : combien de temps faudra-t-il pour que ces investissements se traduisent par des flux de trésorerie durables ?

Les banques centrales temporisent

Côté banques centrales, la Fed et la BCE ont maintenu leurs taux inchangés cette semaine, sans pour autant signaler la fin du resserrement monétaire, loin de là. Derrière cette décision commune, leurs messages diffèrent : la Fed entretient l’incertitude sur sa prochaine intervention, tandis que la BCE laisse plus
clairement entrevoir une hausse en décembre.

Aux États-Unis, le taux directeur reste fixé dans une fourchette de 3,75 % à 4 %, après le relèvement de septembre. La décision n’a toutefois pas fait l’unanimité : deux membres du comité auraient préféré une nouvelle hausse immédiate du loyer de l’argent. Face à une économie toujours dynamique, la Fed souhaite disposer de davantage d’informations sur l’inflation avant de se prononcer. Les prochaines publications concernant les prix seront donc déterminantes pour la réunion du 9 décembre. Cette posture attentiste a entraîné une légère détente des rendements obligataires à court terme et un repli du dollar.

En zone euro, la BCE a conservé son taux de dépôt à 2,50 %, à l’unanimité. Une hausse a néanmoins été débattue, dans un contexte où le choc énergétique lié à la guerre en Iran ravive les tensions inflationnistes. Christine Lagarde a souligné que celles-ci restaient essentiellement importées, sans signe, à ce stade, d’une propagation supplémentaire à l’ensemble des prix et des salaires. Les anticipations d’inflation à long terme demeurent d’ailleurs ancrées à 2 %. Cette pause s’accompagne tout de même d’un discours ferme, où plusieurs responsables européens ont rappelé qu’un nouveau relèvement restait possible si les perspectives d’inflation ne s’amélioraient pas. La BCE surveille également les tensions sur la dette française et se dit prête à mobiliser ses instruments si des mouvements de marché désordonnés perturbaient la transmission de sa politique monétaire.

Enfin, soulignons que ces réunions s’inscrivent dans un contexte d’évolutions institutionnelles importantes, marqué d’un côté par la réduction progressive du nombre de décisions sur les taux prises chaque année par la Fed (de 8 à 6), et de l’autre, par le départ anticipé de Christine Lagarde le 7 février 2027. Pour les marchés, l’attention se concentre désormais sur décembre où une hausse reste envisageable des deux côtés de l’Atlantique, avec un signal plus affirmé pour l’Europe.

Les rendez-vous à suivre

Après une semaine favorable aux places européennes, reste à savoir si cette dynamique pourra se prolonger. Globalement, les résultats des entreprises soutiennent les indices, mais les incertitudes sur les taux demeurent. Les indices ISM manufacturier et des services américains, attendus lundi et mercredi prochains, puis le rapport sur l’emploi de vendredi, apporteront de nouveaux éclairages. L’évolution des salaires sera également particulièrement suivie pour ses implications sur l’inflation et les prochaines réunions de la Fed.

Concernant les entreprises, les publications de Palantir lundi, d’AMD mardi et de Qualcomm mercredi apporteront de quoi nourrir notre réflexion autour de l’intelligence artificielle. En Europe, les résultats de BMW et de Novo Nordisk, également attendus mercredi, permettront de prendre le pouls de secteurs aux dynamiques bien différentes.

Enfin, l’or reste à surveiller. Son repli sous les 4 000 dollars l’once rappelle que son statut de valeur refuge ne le met pas à l’abri des pressions liées à des taux réels durablement élevés. Une détente des rendements pourrait toutefois favoriser un rebond.

Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant chez Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 30 octobre 2026.

Document non contractuel. Les avis et opinions ici exprimés sont ceux de Swiss Life Gestion Privée à la date de diffusion et sont susceptibles d’évoluer dans le temps.

Ce document ne peut être reproduit sans autorisation préalable. Il ne constitue pas une recommandation ou un conseil en investissement. Nous rappelons que les investissements sur les marchés financiers représentent des risques pouvant entrainer des pertes financières. Les performances et volatilités passées ne sont pas un indicateur fiable des performances et volatilités futures. Les opinions et analyses énoncées sont fournies exclusivement à titre informatif et ne constituent ni un conseil, ni une recommandation d’achat ou de vente, ni une incitation à l’investissement dans des instruments, valeurs, marchés ou secteurs qui y sont traités. Tout investissement comportant des risques spécifiques, notamment le risque de perte en capital, chaque investisseur doit se rapprocher de son conseiller afin de se forger sa propre opinion sur les risques inhérents à chaque investissement et sur leur adéquation avec sa situation personnelle et son profil d’investisseur.

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