Découvrez l'interview de Serge Pizem, directeur général de Swiss Life Gestion Privée.
Comment expliquer la bonne tenue des marchés face aux changements technologiques et à la situation géopolitique ?
Les marchés intègrent l’ensemble des nouvelles quotidiennes et mesurent l’impact de celles-ci par rapport à leurs anticipations. Ainsi, sur le terrain clé de l’inflation aux Etats-Unis et en Europe, la situation s’est améliorée par rapport aux craintes initiales d’une reprise forte de l’inflation. Ainsi en zone Euro, l’inflation a reculé à 2,8% et, ce qui est important, semble être le point d’inflexion vers le bas. Aux Etats-Unis, les derniers chiffres ont montré une inflation sous-jacente à 2,6% contre 2,8% attendue. De plus, le chiffre des créations d’emploi en juin a été nettement en-dessous des attentes avec 57 000 postes créés seulement contre 85 000 attendus. Ceci est un facteur qui tend à anticiper une inflation en baisse car les salariés auront moins de marge de manœuvre pour négocier des rémunérations en hausses dans un marché de l’emploi qui ralentit tout en restant en croissance.
Le nouveau président de la banque centrale américaine, Kevin Warsh, pourrait donc attendre avant de monter les taux. Les marchés ont ainsi revu à la baisse leur anticipation de hausse de taux en 2026. La BCE a monté les taux une fois et la FED devrait le faire une fois aussi d’ici la fin de l’année. Du côté de la consommation américaine, qui est un moteur important de l’économie mondiale, on constate une accélération avec des ventes au détail de +6,9% contre +4,8% en avril.
Si on regarde l’aspect micro-économique avec les résultats d’entreprises et les anticipations des analystes sur la progression des bénéfices pour 2026, on s’aperçoit qu’ils ont été revus en hausse sur les trois derniers mois. Ainsi, sur l’Europe les attentes sont pour une croissance de +14,3%, de + 24% pour les Etats-Unis et +55% pour les marchés émergents. Une grande partie de ces révisions en hausse est due aux investissements dans les centres de données pour l’IA. On attend de l’IA une augmentation de la productivité qui pourrait se confirmer dans un futur proche.
Ces excellents chiffres en absolu avec en plus une dynamique de révisions à la hausse contribuent fortement à la bonne tenue des marchés.
Est-ce que ces hausses sont largement distribuées sur l’ensemble de la côte ?
En fait, ces hausses de bénéfices sont tirées par quelques secteurs seulement mais avec des chiffres impressionnants. Les fournisseurs de « pelles et de pioches » de l’IA en sont les grands bénéficiaires avec en premier lieu le secteur des semi-conducteurs et surtout les sociétés fabriquant des puces mémoires à haute borne passante, très utilisées dans les immenses centres de données en construction détenus par les « Hyperscalers ». On prévoit des dépenses d’investissement de 750 milliards de dollars en 2026, 900 milliards en 2027 et presque 1 000 milliards en 2028. Ces chiffres sont astronomiques et du jamais vu dans l’histoire des marchés financiers. Ainsi, le secteur des semi-conducteurs a doublé depuis le début de l’année. Il y a donc une forte concentration sur quelques entreprises derrière ces hausses des prévisions des analystes sur les bénéfices à venir.
Les 7 magnifiques (dont font partie Apple, Microsoft, Google, Amazon, Meta) et Oracle ont changé intégralement de « business model ». Auparavant, elles généraient énormément de liquidités qu’elles utilisaient pour racheter leurs propres actions, désormais elles utilisent toutes leurs liquidités pour investir dans ces méga centre de données nécessaires au fonctionnement de l’IA et à sa demande en forte croissance. Elles vont même lever du capital et devront emprunter sur les marchés de la dette pour financer leurs investissements.
Quelles conséquences pour les portefeuilles gérés par SLGP ?
Le mois de juin a été contrasté en termes de performances mais relativement stable dans l’ensemble. Nous avons continué à renforcer les marchés émergents et la gestion alternative qui est capable de fournir des résultats peu corrélés aux marchés actions, ce qui nous paraît sage pour passer l’été après un premier semestre en bonne hausse. Nous avons renforcé nos positions sur les valeurs moyennes américaines afin de bénéficier de la bonne tenue de l’économie et d’une inflation qui se calme. Nous avons conservé nos positions diversifiantes sur les aurifères malgré leur baisse récente. Notre positionnement global est proche de la neutralité et nous demeurons constructifs pour le reste de l’année. La période de publication des résultats pour le 2e trimestre a débuté et nous la suivrons de près tout comme les commentaires prospectifs des sociétés sur la deuxième partie de l’année.
Interview de Serge Pizem, directeur général de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 16 juillet 2026.
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