Découvrez l'interview de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée

Le retour des tensions sur les taux

Les marchés ont été marqués cette semaine par un net regain d’aversion au risque, dans un contexte dominé par la forte remontée des prix du pétrole. Le Brent s’est apprécié de près de 10 %, autour de 105 dollars le baril, ravivant les craintes inflationnistes et provoquant une hausse généralisée des taux d’intérêt souverains. Aux États-Unis, le rendement du taux à 10 ans a ainsi atteint 4,96 % jeudi, son plus haut niveau depuis octobre 2023, avant de légèrement refluer. Ce mouvement traduit à la fois la réévaluation des anticipations d’inflation liée au choc pétrolier et une certaine prudence des investisseurs à l’approche de la réunion de la Fed du 16 septembre.

La remontée des taux a également contribué à la dégradation du sentiment autour des actifs risqués, rompant temporairement avec la corrélation traditionnelle entre actions et obligations : les deux classes d’actifs ont en effet reculé simultanément. En zone euro, la BCE a relevé son taux de dépôt de 25 points de base à 2,50 %, tout en conservant une trajectoire restrictive face à une inflation attendue à 3 % en 2026. Les marchés anticipent d’ailleurs de nouvelles hausses dans les prochains mois. La France, bonnet d’âne en matière de croissance et de gestion budgétaire, a vu ses taux s’envoler davantage que ceux de ses voisins européens, sur fond de préoccupations budgétaires et de fragilité de l’économie française.

En conséquence de quoi, l’écart de taux entre les échéances à 10 ans de l’Allemagne et de la France termine au-dessus de 90 points de base, un niveau jamais atteint depuis 2012. La hausse des rendements obligataires a également pesé sur les marchés émergents, tandis que l’écart de rendement entre les Treasuries américains et les obligations chinoises a atteint un niveau record de 317 points de base, illustrant la divergence croissante des politiques monétaires. Enfin, malgré cet environnement défavorable, le marché du crédit primaire reste très actif, les entreprises cherchant à sécuriser leurs financements avant une éventuelle poursuite de la remontée des taux.

Une semaine de repli pour les actions

Dans le prolongement de la forte remontée des taux obligataires, les marchés actions ont connu une semaine largement orientée à la baisse, sous l’effet combiné de la flambée du pétrole et du regain de tensions entre les États-Unis et l’Iran. Le franchissement du seuil des 100 dollars le baril a ravivé les craintes inflationnistes et renforcé la pression sur les actifs les plus sensibles à la hausse des taux, notamment l’immobilier et les utilities.

En Europe, le Stoxx 600 a ainsi enregistré une performance négative, seuls les secteurs de l’énergie et de la technologie parvenant à tirer leur épingle du jeu. Plusieurs publications d’entreprises ont par ailleurs accentué la pression, notamment dans la santé, avec les fortes baisses de Novartis, Ypsomed, ou Asker Healthcare, sur fond de déceptions cliniques, de révisions d’analystes ou de résultats jugés insuffisants. Le secteur du luxe a également souffert, LVMH et Burberry ayant été pénalisés par des dégradations de recommandations et un manque de visibilité sur la seconde partie de l’année, notamment en Chine. À l’inverse, quelques valeurs ont bénéficié de catalyseurs positifs, à l’image de Fortum, porté par un accord de long terme avec Google. Aux États-Unis, la configuration a été similaire l’énergie a été le seul secteur à réellement progresser, tandis que les matériaux, les industrielles, et les utilities ont particulièrement souffert de la hausse des taux. Parmi les grandes capitalisations, Meta s’est distingué avec une forte progression de son cours de bourse, à contre-courant du reste des Mag Seven.

L'inflation américaine rebat les cartes pour la Fed

La publication de l’inflation américaine ce vendredi pour le mois d’août est venue renforcer la tension déjà observée sur les marchés de taux. Si l’inflation globale est ressortie en ligne avec les attentes, à 3,4 % sur un an et 0,4 % sur un mois, le chiffre d’inflation sous-jacente a constitué une légère surprise à la hausse, avec une progression mensuelle de 0,3 %, contre 0,2 % attendu. La remontée de l’inflation globale est par ailleurs largement liée à l’accélération des prix de l’énergie, qui ont progressé de 2,1 % sur le mois, dans le sillage du maintien des prix du pétrole à un niveau élevé. Si l’inflation sous-jacente annuelle poursuit sa décrue, à 2,4 %, son niveau le plus faible depuis le printemps, la surprise sur la dynamique mensuelle rappelle que les pressions inflationnistes restent suffisamment persistantes pour compliquer la tâche de la Fed. La publication des chiffres d’inflation a ainsi renforcé les anticipations d’un resserrement monétaire lors de la réunion du 16 septembre, les marchés intégrant désormais environ 90 % de probabilité d’une hausse de 25 points de base, contre une majorité d’économistes qui anticipent encore un statu quo.

Ce décalage entre le pricing de marché et le consensus des économistes constitue le principal facteur de risque à l’approche de la réunion. Une hausse des taux permettrait de conforter la crédibilité de la Fed dans sa lutte contre l’inflation, mais pourrait également prolonger la pression sur les obligations et les actifs risqués. À l’inverse, un statu quo serait perçu comme une surprise accommodante, susceptible de provoquer un mouvement de détente sur les taux, mais au prix d’interrogations sur la capacité de la banque centrale à contrer une inflation toujours supérieure à sa cible.

Dans ce contexte, la réunion de septembre s’annonce particulièrement déterminante : au-delà de la décision sur les taux, les nouvelles projections économiques et la communication du président de la Fed devraient donner des indications essentielles sur la trajectoire monétaire des prochains mois (même si, Kevin Warsh a clairement orienté sa communication avec la volonté d’abandonner la « forward guidance »). Après une semaine marquée par la remontée du pétrole, des rendements obligataires et une baisse de la majorité des indices actions, les marchés abordent donc ce rendez-vous avec un intérêt particulier.

Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 11 septembre 2026.

Document non contractuel. Les avis et opinions ici exprimés sont ceux de Swiss Life Gestion Privée à la date de diffusion et sont susceptibles d’évoluer dans le temps.

Ce document ne peut être reproduit sans autorisation préalable. Il ne constitue pas une recommandation ou un conseil en investissement. Nous rappelons que les investissements sur les marchés financiers représentent des risques pouvant entrainer des pertes financières. Les performances et volatilités passées ne sont pas un indicateur fiable des performances et volatilités futures. Les opinions et analyses énoncées sont fournies exclusivement à titre informatif et ne constituent ni un conseil, ni une recommandation d’achat ou de vente, ni une incitation à l’investissement dans des instruments, valeurs, marchés ou secteurs qui y sont traités. Tout investissement comportant des risques spécifiques, notamment le risque de perte en capital, chaque investisseur doit se rapprocher de son conseiller afin de se forger sa propre opinion sur les risques inhérents à chaque investissement et sur leur adéquation avec sa situation personnelle et son profil d’investisseur.

Ça peut aussi vous intéresser

Marchés financiers

Back to School, Back to Inflation

Lire plus

Marchés financiers

Des marchés résilients face aux tensions sur les taux

Lire plus

Marchés financiers

Portés par la tech, freinés par la Fed : les marchés jouent les équilibristes

Lire plus