Trois ans après l’arrivée des premiers modèles génératifs, l’IA n’est plus qu’une simple curiosité technologique : elle est devenue un axe de développement stratégique de premier plan. Les géants du numérique investissent des montants colossaux vers cette révolution : data centers, semi-conducteurs, logiciels, énergie, tout y passe ! L’effervescence est indéniable, mais derrière la dynamique pleine de promesses, une question centrale émerge : 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗰𝗲𝘀 𝗶𝗻𝘃𝗲𝘀𝘁𝗶𝘀𝘀𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀 𝘀𝗲 𝘁𝗿𝗮𝗱𝘂𝗶𝘀𝗲𝗻𝘁-𝗶𝗹𝘀 𝗲𝗻 𝗰𝗿𝗲́𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝘃𝗮𝗹𝗲𝘂𝗿 ?
Car la facture est lourde. Les « hyperscalers » annoncent des CAPEX cumulés qui dépassent les 500 milliards de dollars en 2025, financés pour l’essentiel par le free cash-flow. Ce point est crucial : contrairement à la bulle TMT des années 2000, la dépense n’est pas alimentée par la dette mais par des bilans plus robustes et des moteurs de revenus existants (publicité, cloud, abonnements). Cela change la nature du risque : il
ne s’agit pas d’un levier excessif mais d’une allocation de capital qui doit démontrer son retour sur investissement.
Cependant, la robustesse des bilans est la donnée qui attire la vigilance des investisseurs et permet de dissiper, ou non, les craintes : Oracle, qui a opéré un virage majeur pour devenir un acteur clé de l’infrastructure IA, s’est attirée les foudres boursières en s’endettant massivement pour financer ses data centers, en est le bon exemple. Les inquiétudes se faisant grandissantes, ses « Credit default swaps » (CDS) à cinq ans, qui offrent une protection aux détenteurs d'obligations contre le défaut de paiement, ont atteint des niveaux records récemment…
Le timing est un paramètre essentiel car l’industrie des semi-conducteurs nous l’a appris : mal calibrer un cycle d’expansion, et le cash-flow s’amenuise, les bilans se détériorent, et la sanction boursière,
elle, est immédiate ! Transposé à l’IA, le risque est clair comme de l’eau de roche : si la demande finale ne suit pas le rythme des capacités déployées, les amortissements grignotent les marges et les multiples se contractent. Les acteurs trop concentrés sur l’IA ou insuffisamment diversifiés sont évidemment lesplus exposés.
Pour autant, réduire la séquence actuelle à une bulle serait ignorer la réalité des chiffres, qui jusqu’ici ont permis aux investisseurs de garder le sourire !
Nvidia montre la voie. Sa dernière publication trimestrielle a confirmé une dynamique phénoménale : +
62 % de croissance du chiffre d’affaires sur un an glissant, et un résultat net de 32 milliards de dollars sur le dernier trimestre, ce qui est supérieur au chiffre d’affaires trimestriel combiné de ses « concurrents » Intel et AMD. Pour remettre les choses en perspective : depuis novembre 2022, lorsque ChatGPT est apparu, le chiffre d’affaires de Nvidia a été multiplié par dix, son résultat net par quarante-sept et son cours par douze !!
La différence avec 1999 est notable : les investissements d’équipements sont massifs, mais bien souvent autofinancés. Les hyperscalers (Microsoft, Alphabet, Amazon) disposent de marges opérationnelles
et de cash-flows tangibles capables de soutenir ces dépenses d’investissement. La discipline financière sera donc un facteur clé des évolutions boursières, et nous suivrons de près les acteurs capables de transformer leurs investissementsen abonnements clients, c’est-à-dire en flux de revenus durables.
Et, si le risque lié à la dette est un sujet potentiellement systémique, le cas de Meta se distingue. En effet, parmi les hyperscalers, Meta est celui qui a le plus sollicité des financements externes : près de 30 milliards $ en obligations, 27 milliards $ en financement privé, et un objectif de 29 milliards $ supplémentaires en dette et capitaux propres.
Les moteurs de création de valeur ?
Les fournisseurs d’infrastructure – puces IA, cloud, mémoire HBM, lithographie avancée, équipements de production – bénéficient d’une visibilité supérieure et se permettent d’afficher des marges élevées. Sur le plan logiciel, l’IA agentique évolue : elle dépasse la simple génération de contenu pour exécuter des tâches métier, réduire les temps d’analyse, automatiser le service client et optimiser les opérations. Les grandes plateformes publicitaires affichent déjà des croissances à deux chiffres sur leurs formats dopés à l’IA, avec des run rates dépassant 50 milliards de dollars. Alphabet illustre une approche disciplinée : intégration progressive, maîtrise des coûts, et levier sur un moteur de recherche qui continue de générer des flux de trésorerie robustes.
Et l’IA physique ?
L’IA physique reste encore émergente, mais son potentiel est considérable. Les robotaxis réalisent déjà des centaines de milliers de trajets chaque semaine sur la côte Ouest comme dans quelques villes chinoises, tandis que les humanoïdes progressent le long de la chaîne de valeur – des semi-conducteurs aux capteurs, jusqu’à l’automatisation industrielle. Les projections sont ambitieuses, mais le calendrier demeure incertain. Dans ce contexte, la logique d’investissement doit rester sélective : privilégier les briques essentielles plutôt que les paris trop sensibles au service ou au produit.
En résumé : Valorisation, discipline et choix des gagnants. Les valorisations sont élevées, la nervosité palpable et les corrections rapides et marquées. Mais les cash-flows sont bien là, les marges aussi, et chez plusieurs leaders, la ligne des investissements s’équilibre avec celle des bénéfices.
La sélection sera donc cruciale : des gagnants capables de maîtriser matériel et logiciel, d’améliorer la productivité des clients et de maintenir une discipline financière rigoureuse ; face à des perdants rattrapés par des retards technologiques ou des modèles économiques sans point d’inflexion.
La vraie question n’est pas de savoir si nous sommes au sommet du rallye, mais où se positionner dans la chaîne de valeur. L’IA peut générer un véritable renouveau en termes de productivité, l’intérêt est
d’ores et déjà conséquent mais demandera que les promesses se concrétisent. Le marché le montre chaque jour : il saura récompenser l’exécution mais aussi punir les erreurs de parcours. Les gérants de Swiss Life Gestion Privée sont là pour effectuer cette sélection au travers de choix de conviction.
Achevé de rédiger le 12 décembre 2025.
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