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La situation actuelle au Moyen-Orient illustre parfaitement la manière dont un choc géopolitique peut se transmettre à l’économie mondiale et influencer directement les décisions des banques centrales. Malgré quelques avancées diplomatiques, les tensions restent fortes entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Donald
Trump a récemment repoussé (encore) un ultimatum militaire visant des infrastructures énergétiques iraniennes, signe que la voie diplomatique n’est pas totalement abandonnée. Toutefois, la poursuite en cette fin de semaines des opérations militaires et les désaccords persistants entre les belligérants entretiennent une incertitude élevée sur l’évolution du conflit.

Cette incertitude a une conséquence immédiate : elle fait craindre des perturbations durables de l’approvisionnement en pétrole et gaz, notamment dans des zones stratégiques comme le Golfe persique. Les marchés réagissent rapidement à ce type de risque, ce qui explique le maintien du prix du pétrole à un niveau élevé, autour de 107 à 110 dollars le baril. Or, le pétrole étant une ressource essentielle pour le transport, l’industrie et la production d’énergie, son renchérissement se diffuse progressivement à l’ensemble de l’économie. Les entreprises voient leurs coûts de production augmenter et finissent par répercuter ces hausses sur leurs prix de vente, ce qui alimente l’inflation.

P-L.WERNER
Le choc énergétique lié au conflit agit comme un frein sur la croissance tout en poussant les prix à la hausse.

C’est précisément ce que l’on observe aujourd’hui, en particulier en Europe. Les indicateurs économiques montrent à la fois une hausse des pressions inflationnistes et un ralentissement de l’activité (inflation CPI prévisionnelle en Espagne par exemple). Autrement dit, le choc énergétique lié au conflit agit comme un frein sur la croissance tout en poussant les prix à la hausse. Cette combinaison est particulièrement délicate à gérer pour les banques centrales, car leurs outils sont en général conçus pour répondre à un seul problème à la fois.

Dans ce contexte, la Banque centrale européenne se trouve face à un dilemme classique. D’un côté, la hausse des prix de l’énergie risque de s’ancrer durablement dans l’économie, surtout si les ménages et les entreprises commencent à anticiper une inflation plus élevée. De l’autre, l’activité économique montre déjà des signes de faiblesse. Sous l’impulsion de sa présidente, Christine Lagarde, l’institution semble néanmoins privilégier la lutte contre l’inflation. Elle considère que, si le choc énergétique dure, il ne pourra plus être traité comme un phénomène temporaire. Cela justifie une orientation plus restrictive de la politique monétaire, avec une probable hausse des taux d’intérêt afin de contenir la propagation de l’inflation.

La situation est légèrement différente aux États-Unis. La Federal Reserve, dirigée par Jerome Powell, adopte pour l’instant une posture plus prudente. Elle a choisi de maintenir ses taux inchangés la semaine dernière, préférant attendre d’y voir plus clair sur les conséquences économiques du conflit et sur l’évolution des prix du pétrole. Cependant, cette prudence ne signifie pas un relâchement : plusieurs responsables de la Fed s’inquiètent de plus en plus du risque inflationniste, et les marchés perçoivent un biais plutôt restrictif dans leur communication. En pratique, cela signifie que les taux pourraient rester élevés plus longtemps que prévu.

Ainsi, un enchaînement assez clair se dessine : le conflit au Moyen-Orient provoque une hausse du prix du pétrole, ce qui alimente l’inflation à l’échelle mondiale. Face à cette inflation, les banques centrales sont contraintes de maintenir, voire d’augmenter leurs taux d’intérêt, même si la croissance ralentit. Ce mécanisme contribue à durcir les conditions financières, à peser sur l’investissement et la consommation, et donc à freiner davantage l’activité économique.

Finalement, la situation actuelle s’apparente à une forme de “stagflation modérée”, caractérisée par une inflation élevée et une croissance faible. C’est un environnement particulièrement complexe pour les décideurs économiques, car il limite leurs marges de manœuvre. Les banques centrales doivent en effet trouver un équilibre délicat entre la nécessité de maîtriser l’inflation et celle de ne pas aggraver le ralentissement économique, dans un contexte où l’évolution du conflit reste, par nature, très incertaine.

Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 27 mars 2026.

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