Découvrez l'analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée

Les marchés face à un double impératif : stabilité et innovation

La semaine a été dominée par les décisions des banques centrales et la dynamique autour de l'intelligence
artificielle.
La Réserve fédérale a maintenu ses taux entre 3,5 % et 3,75 %, tout en adoptant un ton plus restrictif, ce qui a poussé le taux américain à 30 ans à 5,21 %, et à plus de 4.6% pour le 10 ans. Aux États-Unis toujours, la croissance du PIB au deuxième trimestre est ressortie à 1,5 %, tandis que l'inflation sous-jacente (Core PCE) est ressortie conforme aux attentes à 3,3 %, soit une légère décélération par rapport au 3.4% observé au mois de mai.

En Europe, l'inflation a de nouveau surpris à la hausse, notamment en France (2,4 %). Les premières estimations pour la zone euro confirment cette tendance, avec une inflation globale en hausse à 2,9 % en juillet (contre 2,8 % en juin) et une inflation sous-jacente à 2,5 % (contre 2,4 %), renforçant les anticipations d'un resserrement monétaire de la BCE. En Corée du Sud, l’indice Kospi a connu une forte volatilité en raison des inquiétudes liées aux fabricants de semi-conducteurs (SK Hynix et Samsung) pour lesquels les résultats publiés étaient pourtant globalement solides. L’indice phare de la bourse Séoul a cependant terminé la semaine sur une bonne note, avec un rebond de près de 18 % ce vendredi, grâce aux mesures de soutien des autorités (réglementation sur les ETF à effet levier, mesures de stabilisation du marché et plan d’investissement).

L’intelligence artificielle au cœur de la saison des résultats

Côté résultats d’entreprises, les publications ont confirmé le rôle central de l'IA. A l’image de Microsoft, Amazon a dépassé les attentes grâce à une croissance de 37 % de son activité cloud AWS, et a annoncé 20 milliards de dollars d'investissements supplémentaires dans l'IA, portant ainsi ses CAPEX à hauteur de 220 milliards de dollars pour 2026. À l'inverse, Apple a publié des perspectives prudentes malgré des résultats solides, tandis que, comme évoqué précédemment, Samsung et SK Hynix ont enregistré des bénéfices record, illustrant la vigueur de la demande en semi-conducteurs liés à l'IA. Qualcomm a déçu avec des prévisions prudentes, alors que Sony et Crédit Agricole ont été salués pour la qualité de leurs résultats. Dans l'ensemble, les marchés restent partagés entre la solidité des bénéfices des entreprises exposées à l'IA et les interrogations sur le niveau des investissements nécessaires, dans un contexte de politique monétaire toujours restrictive.

La Fed à l’épreuve des divergences internes

Concernant la politique monétaire, l’un des points d’orgues de la semaine était la réunion du FOMC mercredi soir. L’institution dirigée par Kevin Warsh a décidé de maintenir, comme anticipé, ses taux directeurs à 3,5 %-3,75 %, avec un vote de 9 voix contre 3. En effet, trois présidents de Fed régionales ont plaidé pour une hausse de 25 points de base du loyer de l’argent, une dissidence suffisamment marquée pour être soulignée car ces trois membres ont adopté une position forte et montre les désaccords qui peuvent exister à l’intérieur du comité actuel. Cette division illustre les tensions croissantes au sein de la Fed face à une inflation qui reste supérieure à l’objectif de 2 % depuis plusieurs années. Kevin Warsh a insisté
sur le fait que la Fed ne pouvait pas faire disparaître rapidement l'inflation, tout en soulignant que les conditions financières s'étaient déjà resserrées.

Les marchés ont néanmoins interprété ses commentaires comme repoussant la perspective d'une hausse des taux à court terme. Paradoxalement, les taux longs ont fortement progressé avec un taux à 30 ans à son plus haut niveau depuis 2007, tandis que le taux hypothécaire américain a atteint 6,76 %. En parallèle, la
Fed reste confrontée à une économie résiliente et à une inflation proche de 3 % ou plus, alimentée notamment par les droits de douane, la hausse des prix de l'énergie et l'important développement de l'IA. Certains membres estiment d’ailleurs que ce dernier point génère suffisamment de demande pour justifier une politique monétaire plus restrictive.

Ainsi, les marchés financiers se retrouvent dans une sorte d’incertitude concernant la prochaine réunion prévue le 16 septembre. D’ici là, deux publications d'inflation doivent intervenir avant cette prochaine réunion. L'évolution des prix au cours des prochains mois sera donc déterminante pour savoir si la Fed maintient sa position ou envisage finalement une hausse des taux d'ici la fin de l'année.

Lors des prochains jours, l'attention des marchés se portera essentiellement sur les statistiques de l'emploi aux Etats-Unis, avec en point d'orgue le rapport sur l'emploi de juillet publié vendredi. Après une réunion de la Fed marquée par un ton plus restrictif et des divergences internes sur l'évolution des taux, ces données seront déterminantes pour les anticipations de politique monétaire. Le consensus table sur 87 500 créations d'emplois, après 57 000 en juin, un taux de chômage stable à 4,2 % et une progression des salaires de 0,3 % sur un mois (3,5 % sur un an). Avant cela, les investisseurs prendront connaissance des chiffres ADP, des offres d'emploi JOLTS ainsi que des inscriptions hebdomadaires au chômage afin d'évaluer la solidité du marché du travail. Des créations d'emplois supérieures aux attentes, accompagnées d'une accélération des salaires, renforceraient la probabilité d'un resserrement monétaire dès la réunion de septembre. À l'inverse, des indicateurs plus modérés conforteraient le scénario d'un statu quo de la Réserve fédérale.

Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 31 juillet 2026.

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