Découvrez l'interview de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée

Tensions géopolitiques, hausse de l’énergie et signaux économiques contrastés

La semaine a été dominée par un regain de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui a constitué l’un des principaux catalyseurs des marchés.

Les attaques des Houthis contre des pétroliers en mer Rouge et la menace américaine d'étendre les frappes à l'Iran ont ravivé les craintes sur l'approvisionnement énergétique mondial. Le baril de Brent s'est ainsi maintenu autour de 100 dollars le baril, après une hausse hebdomadaire d'environ 10 %, tandis que les prix du gaz naturel européen ont progressé d'environ 6 % sur la semaine et de près de 40 % depuis le début du mois. Cette remontée des prix de l'énergie a ravivé les anticipations d'inflation et entraîné une forte correction des marchés obligataires mondiaux. Les rendements souverains ont nettement progressé, avec un taux britannique à 10 ans au-dessus de 5 %, soit un niveau comparable à 2008. De son côté, le Bund de même échéance est au plus haut depuis 2011 à 3.17%, et l’OAT a dépassé les 4% jeudi avant de repasser sous ce seuil ce vendredi.
Du côté des banques centrales, la BCE a laissé son taux de dépôt inchangé à 2,25 %, préférant attendre davantage de visibilité sur les conséquences inflationnistes du conflit au Moyen-Orient. Concernant les indicateurs d'activité, ces derniers ont présenté un tableau contrasté selon les régions. En zone euro, la surprise a été positive avec un indice PMI composite de 51,9, au plus haut depuis cinq mois, porté à la fois par l'industrie manufacturière et les services, ce qui témoigne d'une amélioration de la dynamique économique. À l'inverse, l'Inde a enregistré un net ralentissement de son activité, son PMI composite tombant à son plus bas niveau depuis quatre ans sous l'effet des tensions géopolitiques et des pressions inflationnistes. Plus largement, les enquêtes en Asie (Australie, Japon et Inde) reflètent une plus grande prudence des entreprises concernant les perspectives de production pour le second semestre.

Aux Etats-Unis, le PMI composite progresse à 53,6 points, son plus haut niveau depuis novembre 2025, ce qui indique que l'activité économique continue de s'accélérer. Cette amélioration est toutefois essentiellement portée par les services, soutenus par des facteurs ponctuels (Coupe du monde et dépenses liées au 4 juillet), tandis que le secteur manufacturier montre des signes d'essoufflement.

Une saison de résultats robuste portée par l’intelligence artificielle

La saison des résultats du deuxième trimestre s’est accélérée cette semaine et reste globalement très solide.
Environ 85 % des sociétés du S&P 500 ayant publié leurs comptes ont dépassé les attentes en matière de bénéfices, soit le meilleur taux de surprises positives depuis cinq ans.
Toutefois, cette bonne dynamique ne se traduit pas systématiquement par une appréciation des cours de bourse après les publications, signe que les anticipations des investisseurs étaient déjà particulièrement élevées. Un constat similaire s'observe également en Europe. Le principal moteur des résultats demeure le thème de l'intelligence artificielle et du cloud. Super Micro Computer a fortement relevé ses perspectives de marge brute pour le quatrième trimestre et fait état d'un carnet de commandes record, soutenu par la demande en serveurs dédiés à l'IA.

Alphabet a largement dépassé les attentes grâce à une croissance exceptionnelle de son activité cloud et à un carnet de commandes supérieur à 500 milliards de dollars, confirmant la montée en puissance de la monétisation des investissements dans l'IA. Intel a également surpris très positivement en publiant des prévisions de chiffre d'affaires supérieures aux attentes, portées par les data centers et l'intelligence artificielle, entraînant dans son sillage l'ensemble du secteur des semi-conducteurs.
En Europe, SAP a rassuré le marché grâce à une progression de son carnet de commandes dans le cloud supérieure aux attentes, atténuant les craintes d'un arbitrage des budgets informatiques au profit exclusif de l'IA, même si cette performance a été partiellement contrebalancée par un résultat opérationnel inférieur aux prévisions et un abaissement de ses perspectives de bénéfices lié aux dernières acquisitions réalisées.

Dans le secteur financier, BNP Paribas s'est distinguée en enregistrant la plus forte surprise positive sur les
revenus parmi les banques européennes qui ont publié jusque-là, illustrant la bonne tenue des établissements financiers au cours de cette saison de résultats. À l'inverse aux Etats-Unis, American Express a déçu le marché avec des revenus légèrement inférieurs aux attentes et une hausse marquée de ses dépenses commerciales, malgré un bénéfice par action supérieur aux estimations et un relèvement de ses prévisions de croissance du chiffre d'affaires pour l'ensemble de l'année.

Le secteur de la santé a également affiché une dynamique favorable. Edwards Lifesciences a relevé ses perspectives de ventes annuelles après un trimestre supérieur aux attentes, tandis que Tenet Healthcare a publié des résultats particulièrement solides, accompagnés d'un relèvement de ses objectifs, contrastant avec les difficultés rencontrées par certains concurrents. Dans les télécommunications, Verizon a dépassé les attentes grâce à la solidité de ses revenus mobiles et haut débit et a relevé ses prévisions de bénéfice annuel. Néanmoins, la réaction du marché est restée limitée, les bonnes nouvelles semblant déjà largement intégrées dans les cours. Enfin, les publications des secteurs industriels et de l'énergie sont restées contrastées. SLB a bénéficié d'une croissance soutenue de ses activités internationales et de l'intégration de ChampionX, tandis que World Kinect a relevé ses objectifs annuels grâce à la vigueur de son activité maritime. À l'inverse, Neste a fortement reculé en Bourse après une publication décevante.

Dans l'ensemble, la semaine confirme que la saison des résultats reste robuste, avec une nette domination des entreprises exposées à l'intelligence artificielle et au cloud. Toutefois, les réactions boursières plus mesurées montrent que les investisseurs exigent désormais des publications nettement supérieures aux attentes pour justifier une revalorisation des titres.

La BCE maintient ses taux mais conserve un biais prudent

Du côté de la politique monétaire, la BCE a, sans surprise, décidé de maintenir inchangés ses trois principaux taux directeurs lors de sa réunion du 23 juillet. Le taux de dépôt demeure ainsi à 2,25 %, l’institution estimant qu'il est préférable d'attendre davantage de données avant d'évaluer pleinement les conséquences inflationnistes du regain de tensions au Moyen-Orient et de la hausse des prix de l'énergie. L'institution considère que le choc énergétique n'a pas encore produit tous ses effets sur l'inflation. Si les prix de l'énergie restent proches des hypothèses retenues dans les projections macroéconomiques de juin, ils demeurent nettement supérieurs à leurs niveaux d'avant le conflit. La BCE souligne toutefois que les tensions inflationnistes ne se diffusent pas encore aux salaires, ce qui limite le risque d'effets de second tour et ne justifie pas, à ce stade, un resserrement monétaire plus marqué. Les conditions financières sont néanmoins jugées légèrement plus restrictives qu'au cours de la précédente réunion.

Lors de sa conférence de presse, Christine Lagarde a indiqué que certains membres du Conseil des gouverneurs avaient envisagé une hausse de taux dès le mois de juillet, avant qu'un consensus ne se dégage en faveur du statu quo. Elle a insisté sur le fait que la réunion de septembre reste totalement ouverte : la BCE disposera alors de nouvelles données sur l'inflation, l'activité économique ainsi que de projections macroéconomiques actualisées pour guider sa décision. Elle a également souligné que les risques pesant sur la croissance restent orientés à la baisse, tandis que les risques sur l'inflation demeurent orientés à la hausse, notamment en raison de la recrudescence des tensions en mer Rouge.

Le message de la BCE reste résolument dépendant des données (« data dependent »), sans engagement sur une trajectoire prédéfinie des taux. Néanmoins, la communication de Christine Lagarde a été interprétée comme laissant la porte ouverte à un nouveau resserrement monétaire, sans chercher à contester les anticipations actuelles des marchés. À ce stade, les investisseurs considèrent qu'une hausse de 25 points de base en septembre constitue le scénario central, sauf en cas de normalisation rapide des prix de l'énergie, un scénario désormais jugé peu probable. Les marchés anticipent également la possibilité d'un resserrement supplémentaire d'ici le début de l'année 2027 si le choc énergétique venait à perdurer.

Les marchés à l’épreuve des banques centrales et des géants technologiques

Après une coupe du monde qui a laissé un goût amer, la semaine prochaine s'annonce tout de même encore sportive, avec plusieurs rendez-vous majeurs.

L'attention se portera en premier lieu sur les réunions de la Réserve fédérale américaine le 29 juillet, de la Banque d'Angleterre et de la Banque du Japon, dans un contexte où le choc énergétique continue d'alimenter les interrogations sur les perspectives d'inflation et les trajectoires de politique monétaire. Les investisseurs suivront également de près les principales statistiques macroéconomiques, notamment l'indice PCE aux États-Unis pour le mois de juin, l'inflation et le PIB en zone euro, ainsi que les enquêtes d'activité en Chine.

Sur le plan microéconomique, la saison des résultats atteindra son point culminant avec les publications de plusieurs grandes valeurs technologiques américaines, dont Microsoft, Meta, Amazon et Apple. Les commentaires relatifs aux investissements dans l'intelligence artificielle, à leur rentabilité et aux perspectives de croissance seront les points d’intérêts centraux. En Europe, les résultats de Safran et des banques viendront compléter ce tableau, tandis que les publications des majors pétrolières permettront d'évaluer l'impact de la hausse des prix de l'énergie sur leurs performances et leur politique d'allocation du capital.

Dans l'ensemble, les marchés devraient rester guidés par l'équilibre entre un contexte macroéconomique marqué par le retour des risques inflationnistes et une saison de résultats toujours solide, mais confrontée à des attentes désormais très élevées.

Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 24 juillet 2026.

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