Les indices boursiers sont des repères mais ne reflètent pas à 100% la réalité économique

« Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures »… et faudrait-il ajouter ni l’exact reflet de la réalité économique présente. Les performances boursières sont résumées dans celles des grands indices qui souvent masquent la véritable situation de l’économie et des sociétés. Ainsi, en 2023 notre indice le plus communément utilisé dans les médias, le CAC 40 affichait + 16,52% et l’année suivante -2,49%. Dans le même temps, l’indice DAX le plus utilisé pour le marché allemand réalisait en 2023 + 20,3% et +19,3% en 2024. Ces écarts ne sont pas explicables par la croissance économique puisque celle de la France a été de +1,1% en 2023 et 2024 (croissance du PIB, source FMI), alors que celle de l’Allemagne est restée négative à -0,2 et -0,3%. 

I - Quatre raisons principales expliquent les biais des grands indices

A- La prise en compte des dividendes

Déjà, une première différence importante réside dans la prise en compte des dividendes versés par les sociétés qui composent l’indice. Notre célèbre CAC 40 développé depuis fin 1987 n’inclut pas les dividendes générés. A cette fin il existe un autre indice depuis 1994, le CAC 40 GR -dividendes brut, avant fiscalité, réinvestis. L’indice DAX inclut les dividendes dans ses performances. Ainsi en 2023 et 2023, la performance de l’indice français avec les dividendes passe à + 20,14% et + 0,92 % en 2024. Il semble donc plus juste d’utiliser un indice avec les dividendes ; c’est d’ailleurs la recommandation de l’autorité des marchés (AMF) pour les professions de la gestion de portefeuille. Néanmoins, cette correction effectuée, il existe encore de nombreux problèmes.

B- Les échantillons de valeurs sélectionnées pour les indices

Le nombre de titres qui permet le calcul de performances est limité, à 40 pour le CAC 40, à 30 seulement pour le DAX. Il existe des indices fondés sur des échantillons plus larges que celles sélectionnées pour l’indice phare. Le SBF 250 par exemple comprend les 250 plus importantes capitalisations boursières du marché français. Il est devenu en mars 2011 le CAC All Tradable avec les sociétés les plus échangées en termes de volume à la bourse. Cet indice a connu en 2023 une performance de 15,03% et de 0,16% en 2024. Ces chiffres suggèrent que les sociétés relativement plus petites que celles du CAC 40 ont moins bien performé. En 2025, du 1er janvier au 11 août c’est l’inverse puisque le CAC All Tradable performe de + 6,6% alors que le CAC 40 progresse de +4,42%. Cet écart par rapport aux grandes sociétés peut signifier que les entreprises du CAC 40 sont plus internationales, donc plus exposées à l’impact des 15% de droits de douane que les Etats-Unis imposent maintenant. Et globalement, la contreperformance en 2024 du CAC 40, trouve une grande partie de son explication dans la dissolution du 9 juin qui a introduit une incertitude politique généralisée chez les investisseurs. Il reste que la rapidité de circulation d’une information simple et transparente favorise actuellement la diffusion de l’indice CAC 40 qui sert de référence dans les médias car ses composantes sont les sociétés les plus connues. 

C- Le poids excessif des plus fortes capitalisations

Un nombre important de titres dans l’indice n’est pas non plus la panacée. Le célèbre indice S&P 500 pour la bourse américaine est calculé sur les 500 plus grandes sociétés. Il pèse en additionnant leurs valeurs en bourse environ 60 000 milliards de dollars en août 2025, soit plus de 70% de toutes les bourses d’action mondiales. Pourtant son calcul pondéré par les capitalisations boursières rend sa lecture peu représentative de l’ensemble du marché ou de l’économie en général. Les plus grosses sociétés surnommées les 7 magnifiques ou les 7 mega cap ont propulsé l’indice. Apple, Alphabet, Meta, Tesla, NVIDIA (qui capitalise à elle seule le record mondial de plus de 4000 Mds de dollars), MICROSOFT et NETFLIX représentent un poids d’environ 35% (environ en août 2025 car ces données varient en fonctions de cours de bourses) dans le calcul de l’indice. Ainsi, en 2023, le S&P 500 progressait de + 24,23% et en 2024 de +24,58%. Mais pour ces mêmes périodes, le S&P calculé sur 493 valeurs, c’est-à-dire sans compter les 7 magnifiques n’était à peine plus que de -1% et de +5% respectivement ! (Source : indice ‘7 mag ‘CNBC). Depuis le début de l’année 2025, la divergence est moins importante puisque l’indice des 7 mega cap grimpe de 10% alors que le S&P 500 progresse de 9,84% (au 13 août, performance endevise locale $).

Notre indice CAC 40 souffre dans une moindre mesure d’un problème comparable. Les valeurs dites du luxe ont impacté les performances de l’indice. A elles seules, LVMH et HERMES pèsent presque 20% de l’indice (18,3% au 13 août 2025). En 2023 et 2024, la performance du CAC recalculée en dehors de ces deux seules valeurs aurait été de 16,6% et -3,4%. C’est surtout en 2025 que ces valeurs dites du luxe créent une grande divergence sur la lecture des performances du marché puisque du 1er janvier au 13 août, l’indice CAC 40 progresse de 5,4%, cependant calculé sans ces deux titres, il afficherait +10,8%. L’indice Euro Stoxx 50 atteint +9,48% ‘year to date’ au même moment. 

D- La prise en compte de la devise

Un dernier problème complexifie la lecture des indices internationaux. Et il est particulièrement exacerbé en 2025 : le risque de change. Lorsque nous analysons la performance d’un marché hors zone euro, il faut prendre en compte la variation de la devise par rapport à notre monnaie domestique. Ainsi, depuis le début de l’année, le S&P 500 en monnaie locale, c’est-à-dire en dollar affiche le 5 septembre + 10,7%. Mais, pour un investisseur français qui se serait positionné en janvier en partant d’euros convertis en dollar, il aurait subi la dépréciation importante du dollar d’environ 13% et n’obtiendrai plus que -2,3% !

II - Les nouvelles approches : les performances sectorielles… mais elle est encore perfectible

A- L’analyse par secteurs 

Il sera difficile de se priver de l’affichage d’un seul chiffre pour suivre un marché. Pourtant, une analyse par secteurs d’activité s’approche plus de la réalité des mouvements dans l’économie. Ainsi, depuis le
début de l’année 2025 nous avons constaté 4 grandes tendances sur notre marché que l’indice CAC 40 ne reflète pas :

  1. Les grandes sociétés exportatrices sont sous le coup des droits de douane que l’administration américaine mets en place. Les valeurs du luxe et de l’automobile en ont particulièrement souffert sur leur cours en bourse.
  2. Les entreprises plus domestiques, souvent plus petites ont été préférées par les investisseurs car moins exposées. Le CAC 40 performe de 5,4% au 13 août comme nous l’avons mentionné, alors que l’indice des petites et moyenne capitalisations CAC Mid et small, très en retard les dernières années affiche en 2025 + 12,22%
  3. Le secteur bancaire a bénéficié d’un environnement favorable avant l’annonce du vote de confiance qui a introduit de nouvelles craintes. La baisse des taux directeurs de la BCE favorise la reprise du crédit.
  4. Une nouvelle thématique d’investissement a dopé les valeurs de l’armement et de la sécurité. Face aux menaces géopolitiques, les Etats de l’Union Européennes ont décidé d’augmenter leur budget de la défense. L’objectif en 2035 est d’y consacrer l’équivalent de 5% du PIB… soit deux fois plus qu’actuellement.

Une présentation des performances dites sectorielles d’un marché semble ainsi plus judicieuse. Mais elle est plus fastidieuse car la nomenclature et les sociétés qui composent ces secteurs est parfois complexe.

La norme définie par le GICS, Global Industrie Classification Standard propose 11 secteurs regroupant les sociétés cotées : les secteurs de l'information, de la technologie, des services de communication, de l'énergie, de la finance, de la santé, de l'immobilier, des industries, des matériaux, des services publics, des biens de consommation et des fournitures. Cette liste est déjà longue mais l’analyse des performances de ces 11 compartiments souffre des regroupements. Ainsi, LVMH se retrouve avec Danone et Stellantis dans le même secteur des biens de consommation.

Et des sociétés qui ont plusieurs secteurs d’activité comme L’Oréal qui propose des articles de consommation courante comme des produits esthétique de luxe est difficile à classer. Idem pour Airbus, présent en aéronautique et aussi en défense.

B-  La nouvelle tendance : l’analyse des marchés par thématiques

Les thématiques comme celles citées (le luxe, les valeurs bancaires) n’ont souvent pas d’indice générique car elles correspondent à de nouvelles tendances d’investissement pour lesquelles les sociétés appartiennent à plusieurs secteurs transversaux. Cela a été le cas en 2022 de l’Intelligence Artificielle, c’est le cas aujourd’hui de la défense et de la cyber sécurité. Dans la composition sectorielle ICB calculée par Euronext, nous trouvons pour la défense sur le marché français que deux titres : Thales et Exail. C’est évidemment insuffisant pour construire une analyse de performance du secteur défense. Il faut étendre le champ des secteurs pour inclure des valeurs de l’aéronautique par exemple afin de retrouver les entreprises qui vont répondre aux demandes de Etats dans les années à venir. Il est aussi nécessaire d’inclure d’autres pays, pas seulement européens car les leaders de l’industrie de l’équipement pour les armées et la cyber sécurité sont mondiaux. Ce constat a prévalu à l’orientation d’un fonds géré par notre société de gestion : SLGP Cyber Défense *. Sa gestion sélectionne un portefeuille diversifié international de titres sur cette thématique. Le fonds ne dispose pas, à ce jour, d’un indice de référence standardisé correspondant précisément à sa nouvelle orientation thématique. Des ETF ou des fonds concurrents investis sur cet objectif existent… mais défense d’en parler !

Avertissement : Investir sur les marchés financiers présente un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.                                                                                  
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