Découvrez l'analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée

Des signaux positifs pour les marchés, dans un contexte encore instable

Les marchés financiers évoluent dans un environnement marqué par l’interaction constante entre facteurs géopolitiques, dynamiques macroéconomiques et sectorielles. Le regain d’optimisme observé en milieu de semaine sur les places boursières illustre la sensibilité des investisseurs aux perspectives diplomatiques, en particulier autour d’un possible accord entre les États-Unis et l’Iran susceptible d’apaiser les tensions au Moyen-Orient. Cette hypothèse a favorisé un mouvement généralisé de prise de risque, soutenant aussi bien les actions américaines que les marchés européens et internationaux, désormais surou proches de leurs plus hauts niveaux

Dans ce contexte, les marchés de l’énergie demeurent au cœur des préoccupations. Le repli des prix du pétrole, qui se stabilise autour de 100 dollars pour le baril de Brent, traduit l’espoir d’une détente géopolitique mais aussi une révision des anticipations d’inflation. Cependant, ce repli reste limité tant que le
détroit d’Ormuz est fermé. En plus de cela, la baisse continue des stocks américains de brut ainsi que la faiblesse persistante des réserves de diesel rappellent que les équilibres du marché restent tendus. Cette dualité entre détente financière et contraintes d’offre structurelles constitue un enjeu central pour les mois à venir.

Les métaux précieux profitent également de cette phase de repositionnement. L’or et l’argent enregistrent de fortes progressions, témoignant à la fois d’un intérêt renouvelé pour les actifs réels et d’une recomposition des anticipations monétaires et inflationnistes dans un environnement où la visibilité demeure limitée. Sur les marchés actions, le secteur technologique conserve une place dominante. L’enthousiasme autour des semi-conducteurs, porté par des publications solides et par la thématique durable de l’intelligence artificielle, continue d’attirer les flux d’investissement. La vigueur des
entrées de capitaux sur les grands indices technologiques américains, Nasdaq en tête, confirme que les investisseurs restent enclins à privilégier les segments offrant croissance bénéficiaire et innovation structurelle.

Enfin, l’action des banques centrales reste un facteur structurant pour l’ensemble des classes d’actifs. Aux États-Unis, la Réserve fédérale maintient un ton prudent face à une inflation encore supérieure à sa cible, laissant envisager une période prolongée de statu quo monétaire. Dans le même temps, d’autres institutions adoptent des trajectoires différentes selon leurs contraintes domestiques (Géorgie et Pologne par exemple). Cette divergence croissante des politiques monétaires rappelle que la normalisation économique mondiale demeure inégale.

Un repli des valeurs énergétiques

Comme évoqué, l’apaisement des tensions diplomatiques observé entre les États-Unis et l’Iran a entraîné une conséquence immédiate sur les prix de l’ensemble des classes d’actifs. Le pétrole, qui constitue un excellent baromètre de l’équilibre géopolitique, n’a logiquement pas dérogé à la règle. Le prix de la référence internationale Brent a chuté de -6.36% à 101 $ la semaine dernière. Ainsi, les actions du secteur de l’énergie ont également reculé : TotalEnergies a cédé -4,4 % à 75,80 €, Exxon Mobil a baissé de -5,36 % à 144,9 $, et l’ETF State Street Energy Select Sector a perdu -5,35 %. Cette réaction s’explique uniquement par l’effet d’annonce positif lié à l’avancée des pourparlers entre Américains et Iraniens, car les fondamentaux du marché restent tendus.

P-L.WERNER
Cette dualité entre détente financière et contraintes d’offre structurelles constitue un enjeu central pour les mois à venir.

Des tensions durables sur les marchés de l’énergie

Pour anticiper au mieux les sujets relatifs aux tensions sur les prix de l’énergie — et, par ricochet, de l’inflation — dans les mois à venir, qui constitueront parmi les points d’attention centraux pour les investisseurs cette année, il convient de garder à l’esprit que même si les hostilités venaient à cesser
rapidement (scénario positif), plusieurs facteurs empêcheraient une détente rapide des prix du pétrole. En premier lieu, la perturbation de l’offre mondiale de pétrole en cours constitue la plus grande interruption d’approvisionnement pétrolier de l’histoire récente. Rappelons que 11 millions de barils par jour de production au Moyen-Orient sont à l’arrêt (soit environ 11 % de la consommation journalière mondiale). Rappelons également un autre chiffre désormais bien connu : 20 % des flux mondiaux de pétrole, qui transitent normalement par le détroit d’Ormuz, sont bloqués depuis début mars. Même si certains volumes ont été redirigés via des pipelines en Arabie Saoudite et aux Émirats arabes unis, cela représente environ 7 millions de barils par jour. Cela reste insuffisant pour ramener les prix du pétrole à des niveaux significativement inférieurs à 100 $ le baril.

L’autre élément limitant fortement un repli rapide des cours du brut est que les installations pétrolières arrêtées dans les pays du Golfe ne redémarreront pas de manière instantanée. En effet, relancer des puits, des terminaux ou des réseaux logistiques demande du temps. Concrètement, si la réouverture du détroit d’Ormuz intervient dans les prochains jours, certains volumes significatifs ne reviendront à des niveaux presque « normaux » qu’en juin, et les flux habituels ne retrouveraient que 80 à 90 % de leur niveau d’avant-crise qu’en juillet. En d’autres termes, les marchés physiques de l’énergie ne suivent pas les agendas militaires et politiques de Donald Trump.

Concernant les stocks, depuis le début de la guerre, environ 1 milliard de barils n’ont pas atteint leurs clients. De ce fait, les pays compensent, notamment les pays asiatiques, en puisant dans leurs réserves stratégiques. À l’échelle mondiale, le rythme actuel de déstockage atteint 5,5 millions de barils par jour, ce qui constitue un record historique. Lorsque la production repartira, il faudra reconstituer ces stocks stratégiques, ce qui créera une nouvelle demande et soutiendra les prix. Un autre élément haussier de long terme vient s’ajouter à l’ensemble. Il concerne les infrastructures, dont certaines ont subi des dommages permanents. Nous savons depuis plusieurs semaines que certaines installations ont été endommagées et qu’il faudra plusieurs mois, voire plusieurs années, pour les remettre en état de fonctionnement.

Concernant les puits, nombreux ont été fermés brutalement et pourraient ne jamais redémarrer correctement. D’après l’entreprise parapétrolière américaine NOV Inc., 500 000 à 2,5 millions de barils par jour pourraient être perdus de manière permanente, ce qui réduirait structurellement l’offre future de pétrole. Compte tenu de la dépendance de nos économies au pétrole — ce que nous semblons redécouvrir à chaque crise, comme celle que nous vivons actuellement — l’impact pour les consommateurs pourrait donc perdurer tout au long de l’année, voire aussi en 2027, puisque les prix des carburants resteraient élevés le temps que la chaîne de production pétrolière retrouve un rythme de fonctionnement normal. Aux États-Unis actuellement, l’essence atteint déjà 4,5 dollars par gallon, un sommet depuis plusieurs années. Cela implique plusieurs conséquences du point de vue des pressions inflationnistes, qui pourraient se diffuser progressivement au reste de l’économie (industrie, pouvoir d’achat, etc.), à travers une hausse des coûts logistiques et des transports. Ce phénomène s’observe déjà à travers différents indicateurs tels que le Baltic Dry Index (qui mesure le coût du transport maritime des matières premières en vrac et sert de baromètre du commerce mondial physique), en hausse de 42 % depuis fin février 2026.

En attendant de pouvoir apprécier pleinement, les conséquences à long terme du conflit en Iran, cette semaine sera chargée sur le front de la macroéconomie, avec notamment de nombreuses données sur l’inflation partout dans le monde, en particulier aux États-Unis mardi, avec les chiffres du CPI pour le mois d’avril.

Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 8 mai 2026.

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