Découvrez l'interview de Mary-Sol Michel, Directrice de la gestion sous mandat de Swiss Life Gestion Privée.
Après la débâcle de début avril, comment les marchés ont-ils réagi ?
Le rebond des principaux indices a été spectaculaire, tant par son ampleur que par sa rapidité. Les marchés américains et européens sont ainsi revenus à leur niveau du 2 avril – juste avant les annonces de Donald Trump sur les droits de douane donc – et la cote chinoise n’en est pas loin non plus. Au mois d’avril,
le S&P 500 ne baisse ainsi plus que de 0,8 %, l’Euro Stoxx de 1,7 % et le CSI 300 chinois de 3 %. Ce rebond est tout d’abord technique : les marchés avaient été survendus. Mais c’est aussi la marche arrière rapide de Donald Trump, sous l’influence du secrétaire au Trésor Scott Bessent, qui a joué : il a décidé un moratoire de 90 jours pour les droits de douane réciproques et s’est également montré prêt à négocier avec la Chine.
De même, après avoir vivement critiqué le président de la Fed, Jerome Powell, en le rebaptisant Mr Too Late, Donald Trump a finalement assuré qu’il ne chercherait pas à le démettre de ses fonctions d’ici la fin de son mandat en mai 2026. Ce pragmatisme face à la déroute boursière a soutenu ce rebond en rassurant les marchés.
Le dollar, lui, n'a pas bénéficié de ce retour à la normale. Pourquoi ?
Il recule en effet de 5 % en avril – sa pire performance depuis novembre 2022 – et de 8 % depuis le début d’année. Cette baisse reflète la remise en question actuelle de la position géopolitique des États-Unis, du moins sous la présidence de Donald Trump. Le roi dollar est en train de tomber du piédestal sur lequel il était placé depuis de nombreuses années. En face, le yuan a lui aussi corrigé, mais l’euro bondit. Cela accentue les contre-performances des actions non européennes détenues par les investisseurs de ce côté-ci de l’Atlantique : depuis le début d’année, le S&P 500 perd 13 % en euros, le Nasdaq 16 % et le CSI 300 10 %, contre une hausse 4 % pour le Stoxx 600 et de 3% pour le CAC 40. Tant que les États-Unis évolueront dans ce climat d’incertitude et d’agressivité à l’égard de leurs partenaires, le dollar pourrait continuer à baisser.
Quels sont les effets macro et microéconomiques de la politique de l'administration américaine ?
Pour l’instant, les indicateurs d’activité réelle se maintiennent : la croissance américaine commence certes à ralentir, mais l’inflation et l’emploi restent stables. Ce sont surtout les anticipations qui se détériorent rapidement : le consensus des économistes a réduit d’un point sa prévision de croissance pour 2025 aux Etats-Unis, la faisant passer en deux mois de +2,4 % à +1,4 %. L’inflation est attendue en hausse. La
confiance des ménages américains chute pour se retrouver aux niveaux atteints pendant la crise sanitaire. Or, la consommation pèse pour 70 % dans le PIB des États-Unis. Le constat est le même au niveau microéconomique : les publications des entreprises américaines pour le premier trimestre battent le
plus souvent les attentes des analystes, mais les mises en garde des dirigeants se multiplient. Certains ne veulent plus donner d’orientations pour les trimestres à venir tant leur visibilité est faible. En Europe et en Chine, cette dégradation des anticipations est présente mais moins sensible. Le consensus sur la croissance européenne en 2025 n’a par exemple baissé que de 10 points de base (0,10%), à 0,8 %.
Dans ce contexte, comment adaptez-vous les portefeuilles ?
Nous pensons que les marchés sont un peu trop rapidement revenus sur leurs niveaux de début
avril : même si Donald Trump fait preuve de pragmatisme, les problèmes sont loin d’être réglés. De nouvelles annonces ou des résultats décevants de la part des entreprises pourraient venir déstabiliser les marchés.
Interview de Marys-Sol Michel, directrice de la gestion sous mandat de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 9 mai 2025.
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