Découvrez l'interview de Serge Pizem, directeur général de Swiss Life Gestion Privée
Un cessez-le-feu de 15 jours a été conclu le 7 avril entre les Etats-Unis et l’Iran. L’issue favorable souhaitée par les marchés financiers se profile-t-elle ?
La question de la durée du conflit est en effet critique pour les marchés financiers : plus il dure, plus les prix du pétrole seront élevés et plus les risques d’une récession sont grands. Le scénario d’une stagflation, marquée par un ralentissement économique doublé d’une inflation forte, serait également très négatif pour les marchés. La lecture de la suite du conflit est rendue difficile par les objectifs poursuivis par l’administration américaine, qui sont flous, fluctuants voire contradictoires d’un interlocuteur à un autre.
Trois objectifs centraux se distinguent : la récupération des 440 kg d’uranium enrichi (représentant un potentiel de 11 bombes nucléaires), la destruction des capacités de réarmement iraniennes (missiles et drones menaçant la région du Golfe voire les Etats-Unis) et le retrait du soutien aux groupes terroristes des pays voisins (Hezbollah, Hamas, Houthis).
Si ces objectifs n’étaient pas atteints – ce qui est possible étant donné les atouts de l’Iran dans les négociations, alors que les Américains entrent dans la « driving season », la période de l’année où ils roulent le plus, les tensions resteraient très vives. Même en cas de proclamation d’une victoire américaine par Donald Trump, une troisième attaque ne serait pas à exclure : la première, en juin 2025, avait bien été déjà présentée comme une victoire totale. Dans ce scénario d’une troisième intervention, l’Iran, bête blessée, aurait l’opportunité de mieux se préparer en tirant les enseignements des conflits précédents. Certes, la tête du régime iranien a été éliminée, mais la couche du dessous semble plus fondamentaliste encore. Il existe aussi un espoir de voir le régime, affaibli par les attaques, s’effondrer de lui-même. C’est la théorie avancée par les Israéliens du « Termitage » de la poutre de soutien du gouvernement Iranien, mais c’est un scénario si aléatoire dans le temps que l’on ne peut pas compter dessus en tant que gérant.
Que penser des promesses de réouverture du détroit d’Ormuz dans le cadre du cessez-le-feu?
C’est un élément crucial pour les marchés financiers. Le détroit d’Ormuz est d’ailleurs utilisé par l’Iran comme une arme dans cette guerre asymétrique, ce que l’état-major américain n’avait étrangement pas anticipé. Sa réouverture pourrait se faire à hauteur de 130 bateaux par jour mais avec le paiement d’un
droit de passage de 2 millions de dollars par bateau, ce qui est énorme. Sur un an, cela reviendrait à fournir à l’Iran une manne de 94 milliards de dollars. Cette dernière pourrait aider le régime à rebâtir ses capacités militaires, avec l’aide – et les technologies avancées – de ses alliés (Chine, Russie et Corée du Nord). Les marges de manœuvre financières de ce bloc devraient en outre être plus grandes, alors que les sanctions américaines contre ces régimes ont été atténuées pour prévenir les pénuries de pétrole et de gaz. Même en cas d’accord après les 15 jours du cessez-le-feu, la situation risque donc de rester tendue. Au détriment, en particulier, des pays du Moyen-Orient dont le rêve de devenir un nouveau Singapour est plus que compromis, mais surtout du peuple iranien, meurtri par la guerre et le durcissement du régime.
Quelles conséquences pour les portefeuilles tirez-vous de cette analyse ?
Du fait de ce manque de visibilité, nous revenons sur une position de neutralité pour le poids des actions dans les portefeuilles. Nous continuons de miser sur le secteur de la défense, qui a de beaux jours devant lui dans un monde où les guerres seront plus nombreuses. Nous sommes sous-pondérés sur les Etats-Unis et nous continuons de favoriser les pays émergents. Ces derniers s’inscrivent toujours dans une dynamique de croissance et la valorisation de leurs marchés a baissé. Nous privilégions notamment des pays comme le Brésil qui, en tant que producteur de pétrole, profite de la hausse du cours du baril.
Côté obligataire, nous sommes très prudents vis-à-vis des taux longs : ils ne protègent plus comme avant contre les baisses des marchés actions, dans un environnement où le risque inflationniste pèse sur les valorisations. Nous restons enfin positifs sur l’or, via les actions des mines aurifères, et les fonds de performance absolue, capables d’offrir une performance positive quand les marchés baissent.
Restez-vous également positifs sur la thématique de l’intelligence artificielle ?
Elle n’est pas beaucoup touchée par les crises géopolitiques et c’est une révolution majeure qui va profondément transformer l’économie. Les doutes du marché se concentrent sur la monétisation de l’IA face aux investissements gigantesques réalisés par les hyperscalers et sur les risques de perte de part de marché
pour les acteurs du software. Il est certain que la visibilité est assez faible et que tous ne sortiront pas gagnants. Nous restons investis sur les grands acteurs du cloud considérant que leur valorisation a bien baissé et que les services qu’ils proposent sont incontournables. Nous sommes également confiants sur les équipementiers des semiconducteurs et des réseaux électriques.
Interview de Serge Pizem, directeur général de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 13 avril 2026.
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