Découvrez l'interview de Mary-Sol Michel, directrice de la gestion sous mandat chez Swiss Life Gestion Privée.

Comment analysez-vous les mouvements boursiers du mois dernier ?

Les marchés ont connu un mois de novembre atypique. Les principaux indices finissent avec une performance mensuelle proche de zéro mais cela cache deux phases bien distinctes. Les segments de marché qui avaient beaucoup progressé depuis le début d’année, à savoir les valeurs technologiques exposées à la thématique de l’intelligence artificielle (IA), ont commencé par enregistrer une forte
correction : entre le 1er et le 21 novembre, le S&P 500 a perdu 5 % et le Nasdaq, 8 %, entraînant les indices européens dans leur baisse. Puis les marchés ont repris des couleurs sur les dix derniers jours, grâce en
particulier à la fin du « shutdown » (gel des dépenses fédérales) aux Etats-Unis et à la perspective de plus en plus nette d’une baisse des taux de la Fed lors de sa réunion du 10 décembre pour soutenir l’emploi américain. Toutes les valeurs n’ont toutefois pas rebondi : Nvidia, par exemple, reste en baisse de 13 % sur le mois. Dans son ensemble, le Nasdaq finit novembre en recul de 1,5 %.

Les fondamentaux macroéconomiques restent-ils bien orientés ?

En 2025, la croissance a bien mieux résisté que ce qu’anticipaient les économistes en avril, au moment du « Liberation day ». Elle devrait être de 1,4 % en zone euro et 1,9 % aux Etats-Unis par exemple. Les révisions à la hausse se poursuivent, notamment pour la croissance américaine et chinoise sur 2026. Aux Etats-Unis toutefois, une économie à deux vitesses semble se mettre en place : si les investissements de la tech dans l’IA tirent la croissance vers le haut, la « vieille économie », elle, est à la peine, ce qui pèse sur l’emploi. En Europe également, les indicateurs avancés d’activité sont meilleurs : l’indice PMI de la zone euro a atteint son point le plus élevé depuis mai 2023, tiré par le dynamisme des services. Quant à la hausse des
prix, elle s’avère elle aussi moins forte que ce qui était redouté après la mise en place des tarifs douaniers américains : l’inflation sous-jacente est à 2,4 % en zone euro et à 2,8 % aux Etats-Unis, en léger repli sur un mois.

Photos avec fond - Serge PIZEM  - 2
La correction de novembre a permis de gommer les excès les plus flagrants et les positions des investisseurs se sont assainies. La très probable baisse des taux de la Fed en décembre devrait être un facteur de soutien à court terme.

Jugez-vous cet environnement de marché favorable ?

Les Bourses devraient poursuivre sur leur lancée dans les prochains mois, et notamment en décembre et janvier qui sont généralement de bons mois sur les marchés. La correction de novembre a permis de gommer les excès les plus flagrants et les positions des investisseurs se sont assainies. La très probable baisse des taux de la Fed en décembre devrait être un facteur de soutien à court terme. En 2026, nous anticipons d’autres baisses, avec l’arrivée à la Fed d’un nouveau président probablement « dovish » c’est-à-dire favorable à un assouplissement monétaire. La politique budgétaire devrait également être porteuse, en particulier en Allemagne où le plan d’investissements annoncé en mars entrera, certes avec retard, dans une phase de mise en œuvre. Aux Etats-Unis aussi, Donald Trump réfléchit à des mesures de soutien de son électorat, déçu par sa politique économique : des distributions de chèques aux particuliers et des assouplissements des règles sur les prêts immobiliers sont par exemple envisagés. 

Qu’en est-il des valeurs technologiques ? Est-on face à une bulle ?

Tout d’abord, il faut noter que les valeurs technologiques n’ont pas toutes progressé au même rythme depuis le début de l’année : les hausses concernent avant tout les acteurs des semi-conducteurs et ceux du cloud (hyperscalers), tandis que certains fournisseurs de services informatiques et éditeurs de logiciels sont
en forte baisse, à l’image d’Accenture et Salesforce. Concernant l’IA, nous ne considérons pas que nous sommes face à une bulle à ce stade. Nous assistons en effet à une véritable révolution technologique. Certes, les investissements des hyperscalers sont massifs (+65 % sur 2025), mais les bénéfices sont eux aussi
en forte progression (+22 % de croissance bénéficiaire) tandis que les révisions à la hausse des prévisions se poursuivent. Contrairement à la bulle internet de la fin des années 90, où les investissements reposaient
uniquement sur des anticipations de croissance future, les profits issus de l’IA sont déjà tangibles. Les multiples de valorisation n’ont d’ailleurs rien de comparable : ils sont actuellement de 33 fois les bénéfices des 12 prochains mois pour les 7 magnifiques, contre 70 fois pour le Nasdaq à l’aube de l’éclatement de la bulle internet. Nous pensons donc qu’il faut rester investis sur cette thématique, tout en prenant régulièrement des profits.

Dans ce contexte, quels ajustements apportez-vous aux portefeuilles ?

Depuis plusieurs mois, dans une logique tactique, nous avions allégé l’exposition aux valeurs technologiques. Début décembre, nous renforçons les positions sur les actions émergentes. Celles-ci présentent de belles perspectives, bénéficient de valorisations attractives et restent peu détenues par les investisseurs internationaux.

Interview de par Mary-Sol Michel, directrice de la gestion sous mandat chez Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 8 décembre 2025.

Document non contractuel. Les avis et opinions ici exprimés sont ceux de Swiss Life Gestion Privée à la date de diffusion et sont susceptibles d’évoluer dans le temps. Ils ne constituent pas une recommandation ou un conseil en investissement. Nous rappelons que les investissements sur les marchés financiers représentent des risques pouvant entrainer des pertes financières. 

Ça peut aussi vous intéresser

Marchés financiers

Le Silence des Spreads

Lire plus

Marchés financiers

No Country for Old Bears

Lire plus

Marchés financiers

Désescalade espérée et inflation énergétique redoutée

Lire plus