Découvrez l'interview de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée

Entre tensions géopolitiques et décisions des banques centrales

Cette semaine, les marchés ont principalement été guidés par le regain des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les évolutions des anticipations de politique monétaire américaine, ainsi que par des signaux contrastés en provenance de Chine et des principales banques centrales. L'escalade des tensions entre les États-Unis et l'Iran, autour du détroit d'Ormuz, est restée le principal facteur de risque pour les marchés. L'intensification du conflit et le durcissement des sanctions américaines alimentent les craintes d'une perturbation durable des approvisionnements énergétiques. L'Agence internationale de l'énergie a d'ailleurs averti qu'une crise prolongée dans la région pourrait peser significativement sur la croissance mondiale et remettre en cause les perspectives de demande de pétrole pour le reste de l'année.

Dans ce contexte, le baril de Brent s’est installé au-delà des 80$ le baril dès le début de semaine, et le WTI avoisine les 80$ ce vendredi.

Aux États-Unis, le ton de la Réserve fédérale, à travers l’audition de Kevin Warsh, est resté prudent sur l'inflation ces derniers jours. Si plusieurs responsables ont réaffirmé leur vigilance face à des pressions inflationnistes encore élevées, les dernières statistiques ont toutefois apporté des signaux encourageants. L'inflation (CPI) a ralenti à 3,5 % en glissement annuel en juin, contre 4,2 % le mois précédent, tandis que l'indice des prix à la production (PPI) a surpris à la baisse avec un recul de 0,3 % sur un mois, alors que le consensus anticipait une hausse de 0,3 %. Ces publications, plus favorables qu'attendu, ont conduit les marchés à réduire sensiblement les anticipations d'un nouveau relèvement des taux par la Fed à court terme, privilégiant désormais un scénario de statu quo lors des prochaines réunions.  

En Chine, les données macroéconomiques ont envoyé des signaux contrastés. La croissance du PIB au deuxième trimestre s'est établie à 4,3 % en glissement annuel, en dessous de la fourchette cible du gouvernement (4,5 % à 5,0 %) et à son plus faible niveau depuis plus de trois ans, renforçant les attentes de nouvelles mesures de soutien budgétaire et monétaire. À l'inverse, les exportations ont atteint un niveau record de 412 milliards de dollars en juin, en hausse de 27 % sur un an, portées par la forte demande liée aux technologies IA. An conséquence, la Banque populaire de Chine a confirmé sa volonté de maintenir une politique monétaire ciblée et flexible. Du côté des autres banques centrales, les trajectoires de politique monétaire continuent de diverger. La BCE devrait maintenir ses taux inchangés en juillet avant un possible dernier relèvement en septembre. La Banque du Japon est attendue sur un statu quo malgré une révision potentielle de ses perspectives de croissance (réunion le 31 juillet), tandis que la Banque d'Angleterre adopte un ton plus conciliant face au ralentissement économique. À l'inverse, la banque centrale sud-coréenne conserve un biais restrictif en raison d'une inflation persistante, alors que la Banque du Canada a revu à la baisse ses perspectives de croissance pour 2026.

Des résultats d'entreprises solides, mais des marchés plus exigeants

Concernant la microéconomie, la saison des résultats du deuxième trimestre s’accélère et confirme un constat désormais bien établi : les publications demeurent globalement solides, mais les marchés se montrent de plus en plus exigeants. Dans un environnement marqué par des valorisations élevées, notamment dans certains segments liés à la technologie, les entreprises doivent non seulement dépasser les attentes, mais également relever leurs perspectives de bénéfices pour soutenir leur performance boursière. Cette dynamique s'est traduite par une forte dispersion des réactions boursières, les investisseurs amorçant progressivement une rotation sectorielle au-delà des seules valeurs liées à l'intelligence artificielle.

Du côté du secteur financier, les grandes banques américaines ont largement rassuré. Les six principaux établissements ont généré plus de 100 milliards de dollars de revenus au premier semestre 2026, bénéficiant d’une dynamique solide des opérations de marché, du rebond des activités de banque d'investissement et d'une diminution des provisions pour pertes sur prêts, signe d'une confiance accrue dans la qualité du crédit. JPMorgan a notamment enregistré un bénéfice trimestriel record, porté par des revenus issus du trading actions de six milliards de dollars, en hausse de 86 % sur un an, tandis que ses revenus totaux de marché ont atteint un niveau historique de 12,1 milliards de dollars. Bank of America a également profité de la vigueur des marchés, avec des revenus sur le trading actions en hausse de 70 %, à 3,6 milliards de dollars, tandis que Morgan Stanley a dépassé les attentes dans la gestion de fortune avec des revenus de 8,9 milliards de dollars. Malgré ces performances solides, certaines valeurs ont connu des prises de bénéfices, les investisseurs restants attentifs à l'évolution des coûts, des marges et des perspectives de rentabilité pour les prochains trimestres. 

L'intelligence artificielle continue de soutenir les semi-conducteurs

Sur le thème du moment, le secteur des semi-conducteurs a, une nouvelle fois, confirmé la vigueur de la demande liée à l’IA. TSMC a publié un bénéfice record pour le cinquième trimestre consécutif, avec un chiffre d'affaires en progression de 36 % sur un an, tout en relevant ses perspectives de croissance pour l'exercice. ASML a également dépassé les attentes et revu à la hausse ses objectifs annuels, soutenu par une demande toujours soutenue pour ses équipements de lithographie. Toutefois, ces excellents résultats n'ont pas suffi à soutenir durablement les cours de Bourse. Les investisseurs ont davantage retenu la hausse des dépenses d'investissement (CAPEX) de TSMC et des interrogations sur la soutenabilité des marges, illustrant un marché où les bonnes nouvelles semblent désormais largement intégrées dans les valorisations.

À l'inverse, Netflix a déçu les marchés malgré des résultats globalement conformes. Si le bénéfice par action a légèrement dépassé les attentes, les perspectives de chiffre d'affaires pour le troisième trimestre se sont révélées inférieures au consensus, alimentant les craintes d'un ralentissement de la croissance. L'annonce d'une réduction de la fréquence de publication des indicateurs d'engagement a également pesé sur le
sentiment des investisseurs, entraînant un net repli du titre après la publication.

Autre élément marquant de la semaine, le profit warning d’IBM en amont de sa publication le 22 juillet prochain. Mardi, l’entreprise a averti sur le fait que ses résultats du deuxième trimestre, seraient nettement inférieures aux attentes du marché. Le groupe prévoit un chiffre d’affaires de 17,2 milliards de dollars contre 17,9 milliards attendus, ainsi qu’un bénéfice par action inférieur aux estimations. Cette contre-performance s’explique principalement par un déplacement des budgets informatiques des clients vers les infrastructures liées à l’intelligence artificielle (puces, serveurs, mémoire), au détriment des logiciels et des mainframes d’IBM. Le groupe a également souffert du report de plusieurs grands contrats et d’un ralentissement plus marqué qu’anticipé des ventes de son nouveau mainframe IBM Z17. Le PDG du groupe, Arvind Krishna, a reconnu que les résultats étaient « pires que prévu » et a choisi de communiquer en amont par souci de transparence. La réaction des investisseurs a été brutale : l’action IBM a chuté jusqu’à 26 % en séance. Cette baisse a entraîné un recul plus large des valeurs technologiques et du software. Les analystes ont revu leurs objectifs de cours à la baisse, certains estimant que le redressement du groupe prendra plus de temps que prévu. Cet épisode illustre une nouvelle fois cette réalité : les investissements massifs dans l’IA profitent actuellement davantage aux infrastructures matérielles qu’aux logiciels d’entreprise, mettant sous pression les acteurs historiques comme IBM.

Les marchés à l'écoute de la BCE et des grandes entreprises technologiques

La semaine prochaine sera principalement rythmée, sur le plan macroéconomique, par la décision de la BCE
et la publication des PMI flash de juillet, deux rendez-vous majeurs permettant d’évaluer l’évolution de la dynamique économique mondiale.

La BCE devrait maintenir ses taux inchangés, mais le discours de Christine Lagarde sera particulièrement suivi afin d’identifier les intentions de la banque centrale avant une éventuelle dernière hausse en septembre. Les PMI constitueront le principal indicateur conjoncturel de la semaine, offrant le premier aperçu de l’impact des tensions commerciales, des droits de douane et de la crise géopolitique au Moyen-Orient sur l’activité. Aux États-Unis, le marché surveillera notamment le secteur des services, principal moteur de la croissance, avec un éventuel ralentissement susceptible de renforcer le scénario d’une Fed prudente. En zone euro, les PMI seront également scrutés après la réunion de la BCE afin d’évaluer la résistance de l’activité face aux pressions externes. Les chiffres hebdomadaires de l’emploi américain et de l’immobilier compléteront le tableau, tandis que la « quiet period » de la Fed avant sa réunion du 28-29 juillet laissera les marchés particulièrement dépendants des données économiques.

Côté entreprises, après l’avertissement d’IBM, la semaine de publications à venir sera déterminante pour évaluer si les tensions observées dans le secteur des logiciels sont spécifiques au groupe ou reflètent un changement plus large des dépenses technologiques vers les infrastructures liées à l’IA. Alphabet sera au cœur des attentes, avec la nécessité de démontrer que ses investissements massifs dans l’IA génèrent des retours sur investissement suffisants, notamment via Google Cloud. Tesla devra également rassurer sur la concrétisation de ses ambitions dans l’IA, l’autonomie et la robotique au-delà de son activité automobile. SAP sera un test majeur pour le secteur logiciel après IBM, tandis que Texas Instruments et Intel permettront d’évaluer la santé du cycle des semi-conducteurs hors effet IA. En Europe, BNP Paribas apportera un premier éclairage sur la dynamique bancaire européenne après les bons résultats des banques américaines, et Thales reflétera la santé du secteur de la défense dans un environnement géopolitique tendu.

 

Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 17 juillet 2026.

Document non contractuel. Les avis et opinions ici exprimés sont ceux de Swiss Life Gestion Privée à la date de diffusion et sont susceptibles d’évoluer dans le temps.

Ce document ne peut être reproduit sans autorisation préalable. Il ne constitue pas une recommandation ou un conseil en investissement. Nous rappelons que les investissements sur les marchés financiers représentent des risques pouvant entrainer des pertes financières. Les performances et volatilités passées ne sont pas un indicateur fiable des performances et volatilités futures. Les opinions et analyses énoncées sont fournies exclusivement à titre informatif et ne constituent ni un conseil, ni une recommandation d’achat ou de vente, ni une incitation à l’investissement dans des instruments, valeurs, marchés ou secteurs qui y sont traités. Tout investissement comportant des risques spécifiques, notamment le risque de perte en capital, chaque investisseur doit se rapprocher de son conseiller afin de se forger sa propre opinion sur les risques inhérents à chaque investissement et sur leur adéquation avec sa situation personnelle et son profil d’investisseur.

Ça peut aussi vous intéresser

Marchés financiers

A l'ouest rien de nouveau

Lire plus

Marchés financiers

Les marchés financiers proches d'un tournant ?

Lire plus

Marchés financiers

Symphonie du Destin (1429, 1694, 1815, 1940, 2026)

Lire plus