Découvrez l'analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée
Un répit sous surveillance : les marchés s'interrogent
La situation au Proche et au Moyen-Orient a été le principal catalyseur de la semaine. Si la visibilité sur l’issue du conflit reste floue, force est de constater que la prime de risque a diminué ces derniers jours sur les marchés financiers, comme en témoigne le net repli des cours du pétrole, autour de 100 $, mais aussi le resserrement des spreads de crédit, avec un indice iTraxx Crossover (mesure du risque de crédit d’un groupe d’entreprises européennes jugées risquées) en baisse d’une trentaine de points de base en Europe. Le mouvement est cependant moins visible sur les taux, où les emprunts d’État à 10 ans se situent proches de leurs niveaux de la semaine dernière (avec, toutefois, une volatilité élevée sur la semaine).
L’accalmie sur le front géopolitique (du moins à court terme) a également été saluée par les marchés d’actions, en forte progression sur la semaine, toutes zones géographiques confondues. Aux États-Unis, le S&P 500 a même connu sa plus longue série de hausses depuis octobre 2025 (sept séances consécutives à jeudi soir). Mieux encore, cette série de sept hausses consécutives, également observée sur le Nasdaq, est la plus longue depuis août 2024 pour l’indice technologique de la Bourse de New York. Néanmoins, il convient plus que jamais de contextualiser ce mouvement de marché, qui intervient alors que l’incertitude persiste quant à la fin, encore hypothétique, du conflit en Iran. Rappelons que le détroit d’Ormuz n’a toujours pas été pleinement rouvert et que le trafic maritime y reste fortement perturbé. La toile de fond demeure ainsi incertaine, d’autant plus que les messages véhiculés par les États-Unis et l’Iran sur les termes de l’accord de trêve et sur les bases de négociation pour une fin du conflit plus durable sont parfois contradictoires.
Tous ces éléments incitent donc encore à la prudence, et il faudra désormais davantage de catalyseurs positifs pour espérer un rebond plus durable des marchés financiers.
La Fed face à une inflation plus tenace que prévu
L’autre point d’attention de la semaine, qui devrait occuper les investisseurs au cours des prochains mois, est l’inflation.
La semaine a été riche en nouvelles données, notamment aux États-Unis, avec la publication jeudi des chiffres des prix à la consommation PCE pour le mois de février, ainsi que des données du CPI pour le mois de mars ce vendredi après-midi. Concernant l’inflation PCE, indicateur favori de la Fed pour jauger l’évolution des prix, les données de février confirment une pression persistante sur les prix aux États-Unis, avec une hausse de +2,8 % sur un an et une inflation sous-jacente de +3 %, toujours nettement au-dessus de la cible de 2 % de la banque centrale américaine (cible régulièrement remise en question par les économistes depuis la pandémie de Covid-19). Les différentes composantes du PCE confirment par ailleurs que la dynamique des prix est en grande partie alimentée par la hausse des prix des biens durables, liée aux tensions commerciales résultant des droits de douane établis par l’administration Trump. Notons également que, malgré la décélération des salaires, le consommateur américain demeure pour le moment résilient. Cela s’explique par le fait que les ménages américains puisent dans leur épargne, mais aussi grâce au soutien budgétaire structurel de Washington.
De son côté, le CPI est ressorti en hausse par rapport au mois de février, mais sensiblement en dessous des attentes du consensus, à +3,3 % sur un an en mars, contre +2,4 % en février, tiré à la hausse par l’envolée des prix de l’énergie, notamment ceux de l’essence (+20 %). Le CPI core (hors énergie et alimentation) progresse, lui, à la marge, à +2,6 % en mars contre +2,5 % le mois précédent, soit une hausse logiquement plus modérée, mais toujours supérieure à l’objectif de 2 %. Ces données d’inflation publiées cette semaine compliquent la tâche de la Fed, pour le moment en position de « wait and see » en vue de la prochaine réunion de politique monétaire du FOMC prévue le 29 avril. En effet, malgré la détente des tensions géopolitiques, accompagnée d’un reflux partiel des prix de l’énergie, ces derniers restent à des niveaux élevés, et le risque de diffusion progressive de cette hausse au reste de l’économie persiste. Dans ce contexte, de nombreuses entreprises, notamment dans les secteurs du transport et de l’hôtellerie, ont déjà annoncé des hausses tarifaires pour le début de l’été.
Un marché en mouvement avant une saison de résultats déterminante
Sur la semaine, les indices actions terminent sur une bonne note avec une excellente performance hebdomadaire, tirés par les secteurs les plus cycliques comme la construction et les matériaux, la chimie, les médias, les loisirs et plus globalement la consommation, qui ont majoritairement surperformé leurs indices. Des prises de profits ont été observées sur les meilleurs élèves du mois de mars, l’énergie en tête. D’autres secteurs, plus défensifs ou d’autres plus sensibles aux taux, ont également sous-performé mais dans une moindre mesure, comme la santé et l’immobilier, notamment aux États-Unis.
La semaine prochaine, les marchés financiers évolueront dans un environnement exigeant, en plus de la situation internationale, débutera la saison des publications du premier trimestre 2026. En plus de l’impact économique de la guerre en Iran dans les résultats des entreprises, il faudra être attentif aux discours des dirigeants et voir comment ils intègrent la situation à leur scénario et leurs objectifs financiers.
Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 10 avril 2026.
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