Découvrez l'interview de Serge Pizem, directeur général de Swiss Life Gestion Privée.

En cette rentrée, quel bilan tirez-vous de l’été sur les marchés financiers ?

Ils ont été assez calmes au mois d’août, sans la correction saisonnière que l’on constate fréquemment à cette période. Les marchés américains, en particulier, n’ont pas connu de respiration. Lorsque l’on regarde les performances des indices non européens en tant qu’investisseur de la zone euro, il faut toutefois prendre en considération l’impact très net de la baisse du dollar. Depuis le début de l’année, la hausse de 10 % des actions américaines du S&P 500 est effacée par la baisse de 13 % du cours du dollar contre l’euro. De même, en euros, l’indice mondial MSCI World – composé à 70 % d’actions américaines – ne progresse que de 0,75 % depuis janvier. C’est un changement d’environnement majeur par rapport aux années passées, qui nous avaient habitués à un dollar stable ou haussier.

Quels signaux envoient les statistiques macroéconomiques ?

On note une légère amélioration des indicateurs avancés d’activité que sont les indices PMI composites, y compris en France. La consommation des ménages est en hausse, le marché français mis à part. Malgré le relèvement des droits de douane, l’économie mondiale continue donc de fonctionner, avec une croissance du PIB attendue à 2,8 % en 2025. Toutefois, les derniers chiffres de créations d’emplois aux États-Unis – seulement 22 000 en août – montrent un vrai ralentissement. La Fed, qui avait annoncé fin août donner la priorité, dans ses décisions monétaires, au critère de l’emploi sur celui de l’inflation, devrait très certainement baisser ses taux lors de sa prochaine réunion, le 17 septembre. Le marché en anticipe deux supplémentaires d’ici la fin del’année.

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Nous estimons, depuis la dissolution l’an dernier, qu’il est plus que jamais indispensable de diversifier les portefeuilles géographiquement.

Partagez-vous cette analyse ?

Nous restons prudents. Pour l’instant, l’inflation américaine ne montre pas de signe d’accélération. Le relèvement des tarifs douaniers – une hausse de 18 % en moyenne si on les pondère par les volumes d’importations – ne semble pas avoir d’impact notable. Mais l’effet est peut-être retardé par l’écoulement des stocks : lorsque ces derniers seront épuisés, les prix pourraient augmenter pour refléter la hausse des droits de douane.

Qu'en est-il sur le plan microéconomique ?

Les perspectives bénéficiaires des entreprises américaines ont été révisées à la hausse, à +11 % en 2025 et +13 % en 2026. Ces projections sont tirées par les entreprises de la tech, qui devraient enregistrer une hausse de leurs bénéfices de 20 % sur l’année, contre 8 % pour le reste du S&P 500. Leur valorisation élevée continue donc d’être justifiée par leur capacité à maintenir des profits en hausse, même si leur poids dans les indices – les « 7 magnifiques » pèsent 35 % du S&P 500 – reste problématique. Les anticipations sont en revanche moins brillantes pour l’Europe (+1,6 % de croissance des bénéfices en2025), mais les analystes prévoient un redressement l’an prochain (+13 %).

Comment adaptez-vous les portefeuilles dans ce contexte ? 

Sans être très négatifs, nous conservons à court terme une position neutre vis-à-vis du risque. Dans un scénario vert, l’emploi américain continue de faiblir, poussant la Fed à baisser ses taux, tandis que l’inflation reste stable. Mais l’interrogation que nous avons sur la stabilité des prix nous incite à conserver nos poches de liquidités. Si les marchés venaient à corriger – comme c’est souvent le cas en septembre –, nous pourrions devenir plus agressifs dans nos achats. À moyen terme, nous sommes en outre attentifs aux conséquences de l’ingérence musclée de Donald Trump sur la Fed : pour l’instant, les marchés n’ont pas réagi, mais ils pourraient se réveiller soudainement, par exemple si l’inflation se révélait plus forte qu’attendu.

Avez-vous procédé à des réajustements géographiques ou sectoriels ? 

Même si les portefeuilles continuent d’être exposés à la France, nous estimons, depuis la dissolution l’an dernier, qu’il est plus que jamais indispensable de diversifier les portefeuilles géographiquement. Nous avons renforcé les marchés émergents, notamment asiatiques, car ils profitent de la baisse du dollar.

Interview de Serge Pizem, directeur général de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 8 septembre 2025.

Document non contractuel. Les avis et opinions ici exprimés sont ceux de Swiss Life Gestion Privée à la date de diffusion et sont susceptibles d’évoluer dans le temps. Ils ne constituent pas une recommandation ou un conseil en investissement. Nous rappelons que les investissements sur les marchés financiers représentent des risques pouvant entrainer des pertes financières. 

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