Découvrez l'analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée

« Face aux évènements en cours, on cherche souvent des analogies historiques, mais la difficulté consiste à choisir la bonne » – B. Bernanke, Président de la Fed de 2006 à 2014.

Des indices soutenus dans un climat de prudence

Au risque de vous décevoir, les sujets centraux de la semaine ne diffèrent guère de ceux des semaines précédentes, et ce, malgré les nouvelles de ces derniers jours, qui ont permis aux indices boursiers de limiter la prolongation de la baisse observée (au moins jusqu’à hier) tout au long du mois de mars. Force est de constater que l’incertitude liée au facteur géopolitique reste très présente et que le manque de visibilité demeure important, maintenant une prime de risque élevée sur les marchés financiers et rendant le rebond observé cette semaine fragile, comme le confirme d’ailleurs la séance du jour, marquée par une volatilité journalière importante.

Il est cependant nécessaire de faire un point sur la situation, à commencer par son aspect militaire, qui, d’après les dernières déclarations de Donald Trump la nuit dernière, devrait se poursuivre pendant au moins deux semaines, avec une accélération des frappes sur l’Iran, sans pour autant durer beaucoup plus longtemps. Rappelons tout de même que, dans notre enfance, Tullius Détritus disait toujours que « les promesses de César n’engagent que ceux qui y croient ». Sans nous prétendre experts en relations internationales et en géopolitique, focalisons-nous sur l’aspect économique et financier en cette veille de week-end de Pâques.

Les banques centrales affinent leur message

L’un des catalyseurs positifs de la semaine sur les marchés boursiers est à chercher du côté des banques centrales qui, à travers leurs dirigeants, ont cherché à montrer avec succès, à en juger la détente sur les taux souverains qu’elles étaient préoccupées par la situation, sans toutefois être inquiètes. C’est une nuance subtile, mais dans l’univers des banquiers centraux, la nuance est un art dans lequel ils sont passés maîtres, et auquel les marchés financiers sont très sensibles. Ainsi, aux États-Unis, lors d’une conférence tenue à Harvard lundi soir, Jerome Powell a réitéré le fait que son organisation était bien positionnée face à la situation actuelle et qu’elle en assurait un suivi minutieux, tant sur le plan macroéconomique que microéconomique.

La BCE, de son côté, par le biais de plusieurs responsables, semble elle aussi avoir adapté son discours cette semaine, après avoir alerté en mars sur les risques inflationnistes, avec une communication visant clairement à préparer le marché à un possible et rapide durcissement monétaire (afin de ne pas réitérer les erreurs commises en 2022). Le ton plus modéré observé ces derniers jours semble surtout destiné à calmer les anticipations de hausse de taux, malgré une inflation en hausse, mais qui ne montre pas encore d’effets de second tour significatifs se diffusant largement dans l’économie. Ces prises de position ont entraîné une baisse des rendements souverains sur la semaine et ont eu tendance à soutenir les actions les plus sensibles aux taux d’intérêt, telles que l’immobilier, la technologie, mais aussi les valeurs cycliques.

P-L.WERNER
Les investisseurs naviguent une fois de plus à vue, mais une chose est certaine : la volatilité des cours de l’énergie devrait rester élevée lors des prochaines séances, compte tenu des incertitudes liées à l’évolution du conflit.

Les tensions sur l'énergie rebattent une nouvelle fois les cartes

Sur le front de l’énergie, la stabilisation des cours du pétrole autour de 105 $ le baril (Brent et WTI) cette semaine laissait penser à un choc énergétique « contenu » et à un conflit sans escalade supplémentaire. Ce contexte semble légèrement remis en question en cette fin de semaine écourtée, avec une reprise des cours, proches de 110 $, après la prise de parole du Président américain la nuit dernière. Celle-ci fait craindre que d’autres infrastructures énergétiques ne soient endommagées dans les prochains jours en représailles aux frappes israélo-américaines. Les investisseurs naviguent une fois de plus à vue, mais une chose est certaine : la volatilité des cours de l’énergie devrait rester élevée lors des prochaines séances, compte tenu des incertitudes liées à l’évolution du conflit. Il est donc nécessaire de garder à l’esprit plusieurs scénarios relatifs aux prix de l’énergie, et par ricochet, l’inflation et la croissance économique. Dans ce contexte, nous avons eu plusieurs échanges cette semaine avec des analystes spécialisés pétrole et gaz, ce qui nous a permis de passer en revue les principaux chocs énergétiques historiques de 1973, 1979, 1990 et 2022, ainsi que leurs conséquences économiques et financières.

A la situation actuelle, trois issues possibles se dessinent : Une résolution rapide du conflit, à l’image de 1990, entraînant un rebond rapide des marchés financiers et peu de conséquences économiques. Déjà, la crédibilité de ce scénario diminue toutefois avec le temps, alors que nous en sommes déjà au 33ᵉ jour de conflit. Une crise prolongée, comme en 2022, qui déboucherait sur une forte pression inflationniste et des tensions importantes sur les marchés financiers mondiaux. Et enfin, un choc énergétique sévère, comparable à ceux des années 1970, pouvant provoquer une récession économique importante accompagnée d’une chute significative des marchés financiers. Ce scénario reste pour l’instant exclu. Pour qu’il se matérialise, le prix du pétrole devrait dépasser 150 $ le baril pendant au moins 4 à 6 mois, ce qui paraît peu probable aujourd’hui, en raison d’un mix énergétique plus diversifié, notamment en Europe, et du fait que les États-Unis sont désormais exportateurs nets d’énergie. Il convient également de souligner que, contrairement à 1973 et 1979, l’inflation initiale est aujourd’hui beaucoup plus faible. Aux États-Unis, par exemple, les prix à la consommation étaient de 7 % en 1973 et de 12 % en 1979, contre environ 3 % aujourd’hui. De plus, les banques centrales disposent désormais de plus d’outils et bénéficient d’une crédibilité renforcée pour maîtriser l’inflation.

Dans ce contexte incertain, les indices actions progressent globalement cette semaine, après un mois de mars marqué par une correction des marchés mondiaux où l’Asie et l’Europe ont sous-performé leurs homologues américains, même si l’écart tend aujourd’hui à se résorber entre les deux zones. Cette semaine ne doit toutefois pas masquer la réalité. La séance du jour fait d’ailleurs figure de piqûre de rappel, avec des prix du pétrole en nette hausse, des rendements obligataires sous tension une majeure partie de la journée, et une volatilité non négligeable, illustrée par un indice VIX oscillant entre les 25 et 30 points.

Une évolution des marchés à considérer avec prudence

Dans le même temps, les indices actions ont réussi à limiter leurs pertes en fin de séance européenne après avoir avoisiné les -2% jusqu’en milieu d’après-midi. Ces éléments traduisent une nervosité importante et des investisseurs peu enclins à prendre beaucoup de risques à la veille d’un week-end prolongé de quatre jours pour les principales places financières. Demain, en début d’après-midi, seront publiées des statistiques mensuelles parmi les plus importantes pour la Fed : les chiffres de l’emploi américain, l’évolution des salaires et le taux de chômage. Les données publiées cette semaine, relatives à l’emploi comme le rapport JOLTS et l’enquête ADP, suggèrent une normalisation du marché du travail américain. Il nous reste à voir si cette tendance se confirme avec les chiffres officiels attendus demain.

Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 2 avril 2026.

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