Découvrez l'analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée

Les marchés gardent le cap

Beaucoup de choses méritent d’être décrites cette semaine. La toile de fond reste néanmoins inchangée, avec des tensions persistantes entre les États-Unis et l’Iran, malgré la décision du locataire de la Maison Blanche de prolonger la trêve jusqu’à une date indéterminée, tout en continuant d’exercer une pression sur Téhéran, qui, de son côté, demeure inflexible. Malgré ces tensions visibles, les marchés actions sont restés presque indifférents et semblent toujours parier sur une désescalade progressive de la situation au Moyen-Orient. À l’inverse, la fragilité de l’équilibre géopolitique s’est davantage reflétée sur les cours du pétrole, en hausse de près de 15 % sur la semaine, ainsi que sur les taux souverains, dont les échéances à dix ans ont
progressé dans une fourchette comprise entre 7 et 18 points de base selon les pays en Europe, dans le sillage des craintes inflationnistes et des risques pesant sur la croissance.

Dans ce contexte, les valeurs liées à l’énergie se sont bien comportées cette semaine, tandis que les secteurs de la consommation, les cycliques et les valeurs sensibles aux taux ont sous-performé. Les valeurs technologiques apparaissent comme les grandes gagnantes de la semaine, portées par le secteur des semi-conducteurs, ce qui explique en partie la surperformance des marchés américains par rapport à leurs homologues européens.

Une politique monétaire appelée à durer

Sur le volet des banques centrales, Kevin Warsh, pressenti comme futur président de la Fed, a été auditionné par les sénateurs à Washington en milieu de semaine. Trois éléments ont particulièrement retenu l’attention des marchés :

  • sa vision des taux directeurs, 
  • la taille du bilan de la Fed 
  • et, surtout, l’indépendance de l’institution qui était au centre de l’attention après les tensions à répétition entre Donald Trump et Jerome Powell au cours des derniers mois.

Concernant l’indépendance de la Fed, les propos de Kevin Warsh ont plutôt contribué à atténuer le scénario d’une baisse rapide des taux sous la pression politique du président américain. Sa position actuelle est qu’aucun signal ne justifie une baisse imminente du loyer de l’argent aux Etats-Unis. Il a également souligné que la priorité reste la lutte contre l’inflation, une posture cohérente au regard du contexte actuel et conforme à son profil historiquement « hawkish » lorsqu’il siégeait au Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis entre 2006 et 2011. 

Concernant la taille du bilan de la Fed (quantité d’actifs que la banque centrale américaine détient : principalement des obligations d’Etats américaines et des titres adossés à des crédits immobiliers), le message a surtout été caractérisé par l’absence de signal fort, plutôt qu’une orientation nouvelle. Il faudra donc rester encore patient quelques temps avant d’avoir une idée claire sur le sujet, et surtout, attendre que sa nomination soit validée. En attendant l’arrivée de son nouveau président, la Fed conserve un positionnement « higher for longer », avec pour priorité la lutte contre l’inflation. Elle n’envisage donc pas, à ce stade, de baisse de taux, en raison d’une inflation sous-jacente toujours élevée, des salaires dynamiques, une économie des servicesencore très robuste et, une fois de plus, des prix de l’énergie élevés.

De son côté, la BCE adopte une approche plus pragmatique et se dirige vers une hausse unique de ses taux directeurs en juin (+25bp). La problématique des coûts de l’énergie affecte en effet davantage la zone euro que les États-Unis. La tâche de la BCE se complexifie toutefois depuis quelques semaines : si l’inflation et les anticipations d’inflation justifient un resserrement de la politique monétaire, l’institution dirigée par Christine Lagarde doit également composer avec une économie qui montre des signes de faiblesse. Comme en témoignent les PMI d’avril, l’activité s’est nettement affaiblie, avec un indice composite entrant en territoire de contraction (48,6 points). Cette dégradation est principalement portée par le secteur des services, fortement pénalisé par la hausse des prix de l’énergie et le recul de la demande, tandis que l’industrie reste encore en expansion, soutenue par la constitution de stocks en anticipation de potentielles tensions à venir.

Un moment de vérité pour les marchés américains

Sur le front microéconomique, la semaine prochaine constituera un moment clé pour les marchés actions, avec les publications de cinq des « Sept Magnifiques » (Alphabet, Microsoft, Amazon, Meta et Apple) concentrées sur une fenêtre de 48 heures en milieu de semaine. L’enjeu est particulièrement important, car ces valeurs ont été les principaux moteurs de la hausse des marchés américains ces dernières années. Leurs résultats permettront surtout d’évaluer la continuité de la dynamique bénéficiaire du S&P 500 et du Nasdaq, et donc la capacité de ces indices à poursuivre leur progression vers de nouveaux sommets. Au-delà des résultats eux-mêmes, ces publications fourniront un éclairage déterminant sur la thématique de l’intelligence artificielle, notamment sur la transformation des investissements massifs en IA (650 – 700 Md$) en croissance de chiffre d’affaires et des profits. Ces publications interviendront également en parallèle de la réunion de la Fed (mercredi 29 avril à 20h), ajoutant un facteur macroéconomique à l’équation. Par ailleurs, l’inflation PCE aux États-Unis pour le mois de mars est attendue en hausse jeudi, à +3,2% sur un an, soit +0,2 point par rapport au mois précédent pour la composante core.

La concentration de ces nombreux événements, combinée au contexte géopolitique, pourrait entraîner une hausse de la volatilité sur les marchés financiers, avec une sensibilité accrue aux moindres déceptions.

Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 24 avril 2026.

Document non contractuel. Les avis et opinions ici exprimés sont ceux de Swiss Life Gestion Privée à la date de diffusion et sont susceptibles d’évoluer dans le temps.

Ce document ne peut être reproduit sans autorisation préalable. Il ne constitue pas une recommandation ou un conseil en investissement. Nous rappelons que les investissements sur les marchés financiers représentent des risques pouvant entrainer des pertes financières. Les performances et volatilités passées ne sont pas un indicateur fiable des performances et volatilités futures. Les opinions et analyses énoncées sont fournies exclusivement à titre informatif et ne constituent ni un conseil, ni une recommandation d’achat ou de vente, ni une incitation à l’investissement dans des instruments, valeurs, marchés ou secteurs qui y sont traités. Tout investissement comportant des risques spécifiques, notamment le risque de perte en capital, chaque investisseur doit se rapprocher de son conseiller afin de se forger sa propre opinion sur les risques inhérents à chaque investissement et sur leur adéquation avec sa situation personnelle et son profil d’investisseur.

Ça peut aussi vous intéresser

Marchés financiers

Le Silence des Spreads

Lire plus

Marchés financiers

No Country for Old Bears

Lire plus

Marchés financiers

Désescalade espérée et inflation énergétique redoutée

Lire plus