Découvrez l'interview de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée
Les marchés financiers ont globalement bien performé cette semaine, les bourses européennes ont enregistré de solides performances, avec l’Euro Stoxx 50 en hausse d’environ 2%, le S&P 500 a progressé de 1%, et le TOPIX de son côté de +4.2%. En revanche, certains secteurs ont largement sous-performé, comme l’énergie, en conséquence de l’amélioration diplomatique entre les Etats-Unis et l’Iran, mais aussi les services IT qui ont particulièrement souffert après la forte chute d’Accenture (-18 % jeudi), provoquée par une révision à la baisse de ses perspectives de chiffre d’affaires. Cette annonce a ravivé les inquiétudes liées à l’impact de l’intelligence artificielle sur les activités traditionnelles de services informatiques, entraînant également un repli marqué des valeurs technologiques indiennes comme Infosys.
Nouvelle stratégie de la Fed face à l'inflation
Du côté des banques centrales, la Réserve fédérale a adopté un ton plus restrictif que lors des précédentes réunions. Son nouveau président, Kevin Warsh, a laissé entendre que de nouvelles hausses de taux pourraient intervenir dans les prochains mois. Les investisseurs anticipent désormais pleinement un relèvement des taux d’ici la fin de l’année, avec une probabilité élevée dès septembre. Cette évolution a entraîné une hausse des rendements obligataires à court terme et soutenu le dollar comme en témoigne l’indice DXY qui termine la semaine au-dessus de 100.6 points. Attardons-nous un instant sur la Fed, qui marque le point important de la semaine. La réunion de mercredi était la première de Kevin Warsh fraichement arrivé à la tête de l’institution. Il aura en toute logique marqué son empreinte notamment sur le plan de la communication, où il rompt la pratique de la forward guidance qui s’était nettement renforcée à partir de 2007, au moment de la crise des subprimes.
Ainsi, il refuse désormais de donner toute trajectoire de taux et réduisant ainsi les indications envoyées aux marchés. Cette opacité volontaire accroît l’incertitude et de facto la volatilité, mais vise à restaurer plus de flexibilité et de crédibilité dans la lutte contre l’inflation. En parallèle, la Fed lance plusieurs groupes de travail pour revoir son cadre d’analyse, ce qui suggère une phase de transition avant d’éventuelles décisions plus restrictives sur la politique monétaire. En parallèle, la Banque d’Angleterre a maintenu son taux directeur à 3,75 %, bien que deux membres du comité aient plaidé pour une hausse immédiate en raison de pressions inflationnistes persistantes. Au Brésil, la banque centrale a poursuivi son cycle d’assouplissement monétaire avec une troisième baisse consécutive du taux Selic (taux directeur), tout en signalant des risques croissants sur l’inflation.
Un optimise nuancé
Sur le plan géopolitique, les marchés ont d’abord été soutenus par l’annonce d’un accord intérimaire entre les États-Unis et l’Iran, qui a favorisé une détente des prix de l’énergie. Cependant, l’optimisme s’est atténué en fin de semaine en raison du report des négociations sur le nucléaire et des nombreuses difficultés restant à surmonter pour parvenir à un accord durable. Cette prudence a contribué à maintenir les cours du pétrole autour de 80 dollars le baril. Les matières premières ont également été volatiles, l’or a corrigé en seconde partie de semaine sous l’effet combiné du renforcement du dollar, de la hausse des taux réels et du discours plus « hawkish » de la Fed. Ces éléments resteront déterminants lors des prochains mois pour le cours de l’or qui avoisine les 4 160 $ l’once ce vendredi.
Des signaux clés attendus pour les marchés
La semaine prochaine pourrait apporter plusieurs éléments importants. Les indicateurs PMI publiés lundi en Europe et aux Etats-Unis permettront d'affiner l'évaluation de la dynamique de l'activité économique, tandis que l'indice PCE américain, mesure d'inflation privilégiée par la Réserve fédérale, sera particulièrement surveillé après le ton plus restrictif adopté par Kevin Warsh lors de sa première réunion à la tête de l'institution. L’indice PCE pour le mois de mai, publié jeudi prochain, est attendu en progression de +4.1% sur un an pour la donnée globale et +3.4% pour la donnée Core, des niveaux bien trop éloignés de l’objectif de 2% visé par la Fed. En complément de la réunion de cette semaine, les interventions de plusieurs responsables de la Fed devraient également retenir l'attention des marchés, qui chercheront à mieux comprendre si le message délivré mercredi soir par Kevin Warsh reflète une orientation partagée au sein de la banque centrale. Du côté des entreprises, les résultats de Micron et l'Investor Day de Qualcomm pourraient fournir quelques indications supplémentaires sur les perspectives du secteur des semi conducteurs et de l'intelligence artificielle, des rendez-vous susceptibles de jeter le froid où le chaud en bourse étant donné le tel niveau de concentration de cette thématique dans les indices.
Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 19 juin 2026.
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