Découvrez l'interview de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée

Des marchés en quête de repères

La bourse a été animée cette semaine, entre les résultats de Nvidia, très scrutés mercredi soir, et les nouvelles concernant la situation en Iran et le détroit d’Ormuz. Force est de constater que l’orientation des marchés financiers a été dictée par une question centrale : le conflit autour du détroit d’Ormuz débouchera-t-il sur un compromis « rapide » ou sur un choc énergétique durable ?

Cette interrogation a entraîné des mouvements plus ou moins marqués sur le pétrole, les taux souverains et les marchés d’actions, avec une sous-performance des secteurs cycliques (matériaux, automobile, industrie,
chimie) et une surperformance des secteurs défensifs (santé, utilities). Du côté des banques centrales, la situation actuelle se complique car elles se retrouvent piégées entre un ralentissement économique et un choc inflationniste énergétique. Cette semaine a surtout mis en évidence une chose : les banques centrales ne contrôlent plus totalement les marchés à court terme et les perturbations en cours autour de l’Iran et les tensions sur l’énergie réduisent considérablement leur marge de manœuvre et posent plusieurs problématiques : une croissance qui ralentit, une inflation énergétique qui menace de repartir à la hausse et des taux longs déjà très élevés.

Résultat : les banques centrales deviennent plus prudentes et les marchés financiers doutent davantage de leur capacité d’action. Ainsi, les investisseurs ont commencé à anticiper des taux durablement plus élevés, ainsi qu’une hausse potentielle des taux directeurs de la Fed d’ici la fin de l’année, un sentiment peut-être encore un peu excessif à ce stade. Cela s’est notamment traduit par un taux américain à 2 ans repassé sensiblement au-dessus de 4.10 % en milieu de semaine, un taux à 10 ans à 4.65 % au même moment, et un taux à 30 ans toujours bien installé au-dessus de 5 %.

P-L.WERNER
Les banques centrales ne contrôlent plus totalement les marchés à court terme et les perturbations en cours autour de l’Iran et les tensions sur l’énergie réduisent considérablement leur marge de manœuvre [..]

Les taux longs : un signal à surveiller

Au cours des derniers jours, nous retenons avant tout que le principal problème revenu perturber l’esprit des investisseurs concerne les taux longs américains, de retour sur des niveaux appelant à la prudence lors des prochaines séances. Si la fin de semaine est plutôt marquée par une détente du côté des taux souverains, force est de constater qu’ils demeurent à des niveaux élevés, notamment aux États-Unis, avec un taux à 10 ans toujours au-dessus du seuil psychologique de 4.5 %. Ce niveau de taux est désormais considéré par la planète finance comme économiquement restrictif, budgétairement problématique et politiquement sensible. Les raisons à cela sont multiples : des taux aussi élevés renchérissent la dette publique, une notion avec laquelle nous sommes familiers en France, freinent l’immobilier et pèsent plus largement sur la consommation. De plus, la hausse récente des taux obligataires limite les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement américain à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, prévues le 3 novembre prochain, et pénalise la cote de popularité de Donald Trump.

Dans ce contexte, les marchés financiers intègrent davantage le fait que le président Trump a tout intérêt à éviter une extension durable de la guerre avec l’Iran. Il s’agit d’un point important à souligner cette semaine, alors que nous constatons que le sujet géopolitique commence à se retrouver contraint par les marchés obligataires.

Une conjoncture européenne fragilisée

De son côté, l’activité économique européenne faiblit de manière plus importante qu’anticipé, comme l’ont montré les indicateurs PMI du mois d’avril publiés cette semaine. Ceux-ci font ressortir une contraction de l’activité économique, avec un PMI composite de 46.4 points, tiré vers le bas en particulier par la France, qui a décroché à la fois dans les activités manufacturières et dans celles liées aux services. Le tableau devient dès lors plus compliqué pour la BCE, avec le triptyque suivant : croissance faible, inflation encore élevée et potentiel choc énergétique à venir.

Deux scénarios sont ainsi possibles pour le vieux continent :

  • soit l’économie européenne se dégrade rapidement et les marchés devront revoir leurs attentes par rapport au consensus actuel concernant la trajectoire des taux directeurs ; 
  • soit l’inflation énergétique repart fortement à la hausse et se propage dans l’économie, obligeant alors la BCE à maintenir une politique monétaire restrictive au cours des prochains mois malgré le ralentissement économique.

Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si les marchés peuvent retrouver un peu de stabilité ou s’ils devront intégrer durablement un régime de volatilité plus élevé. L’évolution des prix de l’énergie et des taux longs restera le principal baromètre du sentiment de marché, avec une attention particulière portée aux taux américains et à la capacité des prix du pétrole à s’inscrire durablement sur une trajectoire baissière sous le seuil des 100 $ le baril. A plus court terme, la macroéconomie occupera le devant de la scène dans les prochains jours, notamment avec la publication de l’inflation PCE jeudi, mais également avec les données sur la croissance économique et la consommation aux États-Unis.

En Europe, l’agenda sera lui aussi chargé, avec les données sur les prix à la consommation attendues en seconde partie de semaine, auxquelles s’ajouteront de nombreuses prises de parole de banquiers centraux. 

Dans un environnement où les marchés obligataires retrouvent un peu plus de place sous les projecteurs, la moindre surprise macroéconomique pourrait avoir un impact significatif sur les anticipations de taux d’intérêt et sur la trajectoire des marchés financiers.

Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 22 mai 2026.

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