Découvrez l'interview de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée
La résilience des marchés financiers
Plus de bruit que de résultats autour des discussions entre les Etats-Unis et l’Iran, mais le marché continue de tabler sur un accord à court terme, en témoigne la surperformance des secteurs cycliques tels que la consommation discrétionnaire, l’industrie et les matériaux. Un sentiment observé dès le début de la semaine et confirmé ce vendredi. De plus, les marchés financiers sont restés imperméables aux évènements entre les Etats-Unis et l’Iran qui ont échangé des tirs, n’ayant provoqué aucun effet significatif sur les différentes classes d’actifs. Cette semaine est donc venue confirmer un phénomène qui s’observe de plus en plus dans ce genre de situation : les marchés financiers semblent devenir rapidement insensibles à la plupart des chocs exogènes (droits de douane, conflits, …). S’il est vrai que la bourse passe rapidement à autre chose à en juger les niveaux actuels des indices actions, il convient tout de même de dire que ce raisonnement est certainement trop simpliste et il convient de raisonner plus largement.
En ce sens, rappelons qu’en raison du manque de visibilité actuel quant au calendrier de la fin du conflit et d’une potentielle poussée inflationniste au cours du second semestre, nous faisons face à des taux souverains élevés, à des prix du pétrole nettement supérieurs à ceux du début d’année, ainsi qu’à des chiffres d’inflation qui, bien qu’ils n’aient pas dérapé selon les dernières données publiées cette semaine, demeurent orientés à la hausse et s’éloignent une nouvelle fois des objectifs fixés par les banques centrales.
En revanche, il existe des éléments positifs pour les marchés d’actions notamment. Pour cela, il faut se concentrer sur les facteurs microéconomiques. Et sur ce point, l’optimisme apparaît justifié, principalement grâce à une saison des résultats du premier trimestre, sur le point de s’achever, et qui a été de très bonne
facture. En s’intéressant à l’indice S&P 500 de la bourse de New York, les bénéfices des entreprises ont progressé de +28% au premier trimestre. Plus intéressant encore, en excluant les valeurs technologiques, les bénéfices des entreprises composant l’indice phare de Wall Street progressent de +14%, principalement soutenus par les révisions haussières des entreprises pétrolières.
Néanmoins, maintenant que le facteur microéconomique semble largement intégré dans les cours de bourse, les investisseurs sont contraints d’adopter une approche plus prudente à court terme, après des hausses d’environ 20% et 30% enregistrées respectivement par le S&P 500 et le Nasdaq depuis le point bas du mois de mars, ainsi que de niveaux de valorisation désormais bien supérieurs à leurs moyennes historiques. Cela justifie probablement le retour en grâce des secteurs décotés cette semaine, dont les valorisations attractives semblent regagner l’intérêt des investisseurs, après plusieurs semaines d’euphorie autour de la thématique des semi-conducteurs.
L'IA propulse la croissance des semi-conducteurs
Difficile de ne pas faire un point d’étape sur le secteur technologique en 2026. La spectaculaire hausse des valeurs liées aux semi-conducteurs se poursuit en 2026, portée par l’explosion de la demande liée à l’intelligence artificielle. L’indice PHLX Semiconductor, référence du secteur, affiche ainsi une progression de +89% depuis le début de l’année après seulement 100 séances de bourse, signant le meilleur démarrage de son histoire. Cette envolée dépasse même les rythmes observés avant l’éclatement de la bulle internet à la fin des années 1990. Certaines entreprises enregistrent des performances particulièrement impressionnantes. Sandisk progresse de +570% depuis le début de l’année, Intel a plus que triplé, tandis que Samsung, Micron et SK Hynix ont désormais atteint une valorisation supérieure à 1 000 milliards de dollars. Advanced Micro Devices affiche même une capitalisation boursière désormais supérieure à celle de JPMorgan Chase.
Ce rallye repose principalement sur une pénurie mondiale de puces mémoire, qui alimente une forte hausse des prix et des profits du secteur. La demande progresse dans quasiment tous les segments des semi-conducteurs : processeurs traditionnels (CPU), accélérateurs d’intelligence artificielle (GPU) et puces mémoire nécessaires au fonctionnement des modèles d’IA. À titre d’exemple, le coût horaire de location d’une puce Nvidia B200 a quasiment doublé en trois mois, tandis que les prix des puces mémoire DDR5 ont plus que doublé depuis novembre. L’essor des agents d’IA, capables d’automatiser de nombreuses tâches, soutient également la demande pour les processeurs classiques. Intel a notamment bénéficié de cette dynamique, avec des ventes de centres de données supérieures aux attentes grâce à la demande liée à l’IA dite « agentique ». Nvidia continue également d’enregistrer des résultats records grâce à une demande toujours très soutenue. Sur le plan boursier, l’indice des semi-conducteurs évolue désormais très au-dessus de ses moyennes mobiles de long terme, témoignant de la puissance du mouvement haussier observé ces dernières semaines. Ce rebond a également permis aux marchés actions américains de sortir de leur phase de faiblesse liée aux tensions géopolitiques autour du conflit avec l’Iran.
Malgré cette forte progression, les valorisations restent encore raisonnables au regard de la croissance des bénéfices. Les sociétés du secteur se traitent actuellement autour de 26 fois leurs bénéfices attendus sur les 12 prochains mois, un niveau certes supérieur à leur moyenne historique, mais encore éloigné des excès observés durant la bulle internet. Contrairement à cette période, les entreprises du secteur affichent aujourd’hui des profits solides et en forte croissance. Micron, par exemple, se traite à seulement 10 fois ses bénéfices attendus, contre environ 22 fois pour l’indice S&P 500.
Néanmoins, plusieurs risques pourraient remettre en cause cette dynamique dans les prochains mois. Comme un ralentissement des investissements des grands groupes technologiques (CAPEX des hyperscalers), mais aussi le développement de modèles d’intelligence artificielle nécessitant moins de puissance de calcul ou encore des évolutions réglementaires défavorables pourraient peser sur les performances des chouchous de la bourse. Les investissements dans les infrastructures d’IA sur les marchés privés montrent d’ailleurs déjà certains signes de ralentissement depuis le début de l’année. Cela sera peut-être l’un des prochains sujets brulants à l’avenir.
Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 29 mai 2026.
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