Découvrez l'interview de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée

Les marchés face aux risques géopolitiques

La semaine a été dominée par les tensions géopolitiques entre les Etats-Unis et l’Iran, qui ont provoqué un mouvement d’aversion au risque en milieu de semaine avant un rebond partiel des marchés grâce à la reprise des discussions diplomatiques. Les prix du pétrole sont restés élevés, alimentant les craintes inflationnistes, tandis que l’AIE a mis en garde contre les conséquences d’une escalade sur les stocks mondiaux de brut. Sur les marchés actions, les investisseurs ont opéré une rotation
sectorielle, délaissant temporairement les grandes valeurs technologiques et liées à l'IA au profit du secteur de l'énergie et des valeurs décotées, même si les semi-conducteurs ont fortement rebondi en fin de semaine. Sur le marché obligataire, les rendements américains à long terme ont poursuivi leur hausse sous l'effet des anticipations d'inflation et d'une offre importante de dette, tandis que plusieurs investisseurs ont réduit leur exposition aux Treasuries. Du côté macroéconomique, les discours des responsables de la Fed sont restés résolument restrictifs : John Williams a estimé que l'inflation demeurait trop élevée et que la demande liée à l'intelligence artificielle pourrait justifier de nouvelles hausses de taux.

La Fed face au défi inflationniste

Concernant la politique monétaire aux Etats-Unis, les minutes du FOMC des 16 et 17 juin publiées cette semaine, mettent en évidence un comité profondément divisé sur la trajectoire future des taux directeurs, tout en confirmant un durcissement du biais de politique monétaire sous la présidence de Kevin Warsh. Deux blocs de taille quasiment équivalente s'opposent : l'un estime que les taux actuels sont suffisamment restrictifs et pourraient rester stables, voire être légèrement abaissés si l'inflation converge durablement vers 2 %, tandis que l'autre considère qu'un nouveau relèvement des taux sera probablement nécessaire en raison de risques inflationnistes persistants. Cette absence de consensus, illustrée par un « dot plot » presque parfaitement partagé entre hausse et statu quo, signifie que les prochaines décisions seront fortement dépendantes des données économiques à venir, notamment celles relatives à l'inflation. Les minutes traduisent également une évolution importante dans l'analyse du marché du travail. Si les créations
d'emplois ralentissent et que certains membres observent un manque de dynamisme du marché du travail, le FOMC considère que celui-ci demeure globalement solide, avec un chômage proche de son niveau d'équilibre de long terme et une croissance économique attendue comme robuste jusqu'à la fin de 2026. Surtout, les responsables estiment désormais que le principal risque ne provient plus d'un affaiblissement du marché du travail, mais d'une inflation susceptible de rester durablement supérieure à l'objectif de 2 %. En conséquence, un ralentissement modéré de l'emploi ne serait probablement pas suffisant pour justifier un assouplissement de la politique monétaire. Cette hiérarchie des risques marque un changement notable : la priorité est désormais clairement donnée au rétablissement de la stabilité des prix, ce qui rend une nouvelle hausse des taux plus probable qu'une baisse si les pressions inflationnistes persistent.

Des indicateurs décisifs pour les marchés

La semaine prochaine sera déterminante pour les marchés, avec plusieurs publications d’indicateurs macroéconomiques et résultats d'entreprises susceptibles d'influencer les anticipations de politique monétaire de la Réserve fédérale et l’humeur des marchés à l’entame de la saison des résultats du premier semestre.

L'événement majeur sera la publication, mardi, de l'indice des prix à la consommation (CPI) de juin. Le consensus anticipe un ralentissement de l'inflation à 3,8 % sur un an, principalement grâce au recul des prix de l'énergie. Une surprise à la baisse renforcerait le scénario d'un statu quo de la Fed, tandis qu'une inflation plus élevée raviverait les attentes de hausse des taux. Les investisseurs suivront également les prix à la production (PPI), les ventes au détail, les demandes d'allocations chômage aux Etats-Unis, le Beige Book de la Fed ainsi que l'enquête de l'Université du Michigan, notamment sur les anticipations d'inflation. La saison des résultats du deuxième trimestre s'accélérera avec les publications des grandes banques américaines, ainsi que celles d'ASML, TSMC et Netflix, qui offriront un éclairage sur le secteur financier, la demande liée à l'IA et la consommation. Enfin, le témoignage de Kevin Warsh devant le Congrès sera particulièrement scruté afin d'évaluer l'orientation future de la politique monétaire à l'approche de la réunion de la Fed de juillet.

Analyse de Pierre-Louis Werner, gérant de Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 10 juillet 2026.

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