Découvrez l'interview de Mary-Sol Michel, directrice de la gestion sous mandat chez Swiss Life Gestion Privée.
Que retenez-vous de cette rentrée sur les marchés boursiers ?
Le mois de septembre a été excellent. Les marchés américains se sont tout particulièrement distingués : le S&P 500 progresse de 3,5 % – son meilleur mois de septembre depuis 15 ans – et le Nasdaq, de 5,6 %. À la différence du début d’année, les investisseurs européens ont pu profiter de ces hausses grâce à une stabilisation du dollar contre l’euro (-0,4 % en septembre contre une baisse de 13,3 % depuis janvier). Ces excellentes performances boursières sont avant tout le fait des grandes valeurs technologiques : les « 7 magnifiques » ont ainsi bondi de 9 % sur le mois. Une performance qui se retrouve aussi en Asie, puisque l’indice Hang Seng de Hong Kong, à forte composante technologique, gagne 7 %. Ces tendances se poursuivent début octobre.
Comment expliquez-vous cette dynamique de marché atypique, alors que le mois de septembre est traditionnellement peu porteur pour les bourses ?
C’est le résultat d’une combinaison de plusieurs facteurs. Tout d’abord, les marchés ont été portés par le changement de ton de la Fed. Face à la faiblesse des créations d’emplois (22 000 en août contre 75 000 attendus), Jerome Powell a changé son fusil d’épaule et décidé d’une baisse de 25 points de base des taux
directeurs. D’autres sont à venir, ce qui constitue généralement un bon carburant pour les marchés si ces baisses ne s’accompagnent pas d’un risque de récession.
Or pour le moment c’est l’inverse que l’on constate : la macroéconomie s’avère résiliente, avec une croissance révisée à la hausse pour 2025 et 2026. Mais le facteur le plus important de cette performance des marchés vient des mouvements en cours au niveau du secteur américain des semi-conducteurs : on a assisté en septembre à une pluie d’accords. C’est tout d’abord l’Etat américain qui, dans la continuité de son plan de soutien à la filière domestique des semi-conducteurs (Chips Act), a pris une participation de 10 % dans Intel. L’objectif est de renflouer cet acteur vieillissant qui n’avait pas pris le virage des puces de nouvelle génération. Un redressement auquel contribue également Nvidia, le leader des semi-conducteurs pour l’IA, en prenant une participation de 4 % dans Intel. Mi-septembre, c’est au tour d’OpenAI, le créateur de ChatGPT d’annoncer un contrat géant de 300 milliards de dollars signé avec Oracle pour accéder à ses centres de données. Nvidia a également annoncé un investissement de 100 milliards de dollars dans OpenAI, investissement qui a notamment été utilisé début octobre par ce dernier pour prendre une participation de 10 % dans AMD, un autre fournisseur de semi-conducteurs américain orienté IA. Signe qu’il y a de la demande pour tout le monde. Chacune de ces annonces s’est accompagnée d’une envolée des cours des protagonistes.
Cette hausse des marchés peut-elle se poursuivre dans les mois qui viennent ?
Les indices ont beaucoup progressé depuis début avril et le « Liberation day » de Donald Trump. Ils ont besoin de souffler. Une correction est possible en octobre, ce qui nous permettrait de nous renforcer. Nous maintenons ainsi un positionnement neutre, avec des poches de liquidité à réinvestir. Notre vision des marchés est constructive à un horizon de trois mois. Tout d’abord, les baisses de taux qui s’annoncent aux Etats-Unis devraient soutenir les indices. Ensuite, la saison des publications pour le troisième trimestre va s’ouvrir et les résultats devraient être favorables, en particulier aux Etats-Unis. En effet, la baisse du dollar ces derniers mois vient en soutien des entreprises actives à l’étranger et qui rapatrient des devises. Enfin, le momentum bénéficiaire des sociétés technologiques est toujours très ferme. On s’attend ainsi à une hausse des bénéfices de 20 % sur 2025 dans le secteur de la tech.
La situation française pèse-t-elle sur la performance des portefeuilles ?
Depuis 18 mois, nous avons très significativement réduit notre position sur les actions françaises. Même si la cote parisienne compte toujours de très belles valeurs, l’incertitude politique actuelle va continuer de peser sur les entreprises et conduire à un attentisme généralisé de l’ensemble des acteurs économiques. L’activité tourne au ralenti et la sous-performance boursière des titres français pourrait se poursuivre. Concernant la dette française, l’écart de taux avec l’Allemagne s’est élargi après la démission de Sébastien Lecornu mais sans pour autant traduire un sentiment d’affolement chez les investisseurs.
Interview de par Mary-Sol Michel, directrice de la gestion sous mandat chez Swiss Life Gestion Privée. Achevé de rédiger le 9 octobre 2025.
Document non contractuel. Les avis et opinions ici exprimés sont ceux de Swiss Life Gestion Privée à la date de diffusion et sont susceptibles d’évoluer dans le temps. Ils ne constituent pas une recommandation ou un conseil en investissement. Nous rappelons que les investissements sur les marchés financiers représentent des risques pouvant entrainer des pertes financières.